Edito

Ils veulent la peau de la République

Geoffroy Géraud-Legros / 20 janvier 2011

Jean-François Mancel, député UMP de l’Oise, ne s’est pas vraiment vanté de son exploit : c’est sans tambours ni trompettes qu’il a déposé le 13 janvier dernier, à la demande du Gouvernement, une proposition de loi visant à « réserver le statut de la fonction publique aux agents exerçant une fonction régalienne  ». Un texte qui, selon l’article 2 du texte présenté à l’Assemblée, entend « restreindre le champ d’application du statut de la fonction publique aux seuls emplois de souveraineté nationale et de puissance publique ».

En clair : disposeront demain du statut de fonctionnaire tel que nous le connaissons aujourd’hui les seuls agents de la police, de l’armée, et de la justice.
Pour les enseignants, les hospitaliers, les membres de la fonction publique territoriale, les journalistes des médias publics et pour tous les autres, ce sera, à compter de la publication du décret, le contrat de travail de droit commun. Rien ne dit d’ailleurs que le CDI sera la règle... Si la proposition de Jean-François Mancel venait à être adoptée, celles et ceux qui entreraient après l’entrée en vigueur de la loi ne bénéficieraient plus de la continuité de l’emploi, ni des règles relatives à la rémunération et à l’avancement.

La justification de cette démarche vaut son pesant de cacahuètes : on lit, dans la langue de bois de M. Mancel que « loin de représenter une forme de désengagement de l’État, cette proposition de loi s’inscrit dans une logique d’égalité et de réconciliation au sein de la société française à l’heure où les différences entre le secteur public et le secteur privé apparaissent plus que jamais injustes aux yeux de nombre de nos concitoyens, particulièrement suite à la grave crise financière que nous venons de traverser ».

Passons sur la démagogie dégoulinante de ce texte, qui oppose ouvertement entre elles deux catégories de citoyens. Passons sur la lâcheté conjointe des parlementaires et du Gouvernement UMP qui, après avoir rempli les poches des banquiers avec de l’argent pris dans celles des citoyens, renvoient sur la société la responsabilité de la crise financière qu’ils ont été incapables de gérer. Passons sur le fait que la proposition de loi émane d’un individu qui n’est jamais sorti du circuit de l’Etat…sauf pour quelques déboires avec le service public de la justice. Passons sur tout cela, car ce n’est pas l’essentiel.

Ce qui est en jeu dans la transformation de la fonction publique, c’est le devenir de ce que nous avons appris à considérer comme le fondement même de la République. Car le statut des fonctionnaires n’est pas un amas de privilèges rétrogrades et coûteux : la garantie de l’emploi, les règles relatives à l’avancement et les barèmes des traitements permettent une certaine stabilité et une certaine neutralité dans l’exercice des tâches d’intérêt collectif.

Rétrécir la fonction publique aux uniformes et aux prétoires, c’est vouloir pour demain une société où les diplômes, les soins, l’accès aux services, tous ces services essentiels à l’existence pourront faire l’objet de pressions… et seront monnayables.
C’est mettre en place un régime comparable à celui que les Tunisiens tentent de toutes leurs forces d’abattre : une République bananière, qui ne sera plus la République.

Et c’est bien cela que veulent Sarkozy et consorts : faire la peau à la République. Les Réunionnais n’ont rien à attendre de leurs représentants locaux, les Robert, Farreyrol, Virapoullé : comme toujours, ils seront les premiers à emboîter le pas au Gouvernement. Pour tous ceux pour qui les mots République et démocratie ont un sens, l’heure est à la riposte.

 G.G.-L. 


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