Edito

Irresponsabilité

Manuel Marchal / 18 août 2010

Avec la casse des grands chantiers, la situation de l’emploi s’est encore aggravée à La Réunion. Ce sont désormais 51% des jeunes qui sont privés de travail, quant au taux de demandeurs d’emploi par rapport à la population active, il dépasse les 37%. 73.000 jeunes sont à la recherche d’un emploi. Cette crise sociale n’est pas nouvelle, c’est elle qui a provoqué la tenue des États généraux de l’Outre-mer.
Dans ce climat de pénurie d’emploi, l’administration vient encore dire à de jeunes Réunionnais diplômés, et même ayant même obtenu le concours d’entrée dans l’Éducation nationale, qu’il n’y a pas de place pour eux à La Réunion. Ce n’est pas nouveau non plus. Lors des États généraux, un sénateur UMP, Éric Doligé, avait constaté que sur 1.000 postes vacants dans l’Éducation nationale, 100 étaient attribués à des Réunionnais, et 900 à des ressortissants d’autres Académies.

Hier, ce sont encore des centaines d’enseignants venus d’ailleurs qui sont venus écouter la présentation du pays par l’administration en place. Mais dans un tel contexte, ce sont des centaines de personnes qui sont jetées sur un terrain miné. La pénurie d’emploi crée des frustrations, et les jeunes se demandent pourquoi l’administration décide de faire venir ces enseignants d’autres Académies, plutôt que de faire appel aux compétences réunionnaises. Cela constitue tout d’abord un désaveu de tout le travail accompli par l’Éducation nationale à La Réunion.
Mais cela est d’autant plus grave que ces nouveaux enseignants arrivent dans un pays dont ils ne connaissent ni la langue et ni la culture, ayant pour seule compétence la formation et l’expérience acquises dans un pays lointain, si loin que les saisons sont mêmes inversées par rapport aux nôtres.

Dans ce pays lointain, nombreux sont les enseignants qui ne connaissent de La Réunion que le climat ensoleillé, la plage, la beauté des paysages, le métissage et les avantages financiers. Mais rares sont ceux qui sont déjà venus dans notre île se familiariser avec les conditions de vie de notre peuple réunionnais, et donc qui savent qu’ils ne peuvent pas appliquer mécaniquement ce qu’ils ont appris dans une autre partie du monde.
Mais chaque année, l’administration renouvèle cette décision. Que cherche-t-on ? Pourquoi le gouvernement persiste-t-il dans cette impasse ? Ne pas voir les conséquences désastreuses de ces décennies d’entêtement, c’est faire preuve d’irresponsabilité.

M.M.


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