Edito

Jeux Olympiques de Rio : le triomphe des plus riches

J.B. / 23 août 2016

6 membres du G7 au 9 premières places, les 6 pays produisant le plus de richesse dans les 7 premiers : le tableau de tête des médailles aux Jeux Olympiques correspond au classement des puissances économiques. Le seul « intrus » est la Russie, 4e au classement des médailles et au 15e rang mondial en termes de PIB, et qui aurait pu faire mieux si ses athlètes avaient été traités comme les autres. Difficile de parler de coïncidence, disons plutôt que la « glorieuse incertitude du sport » n’est plus ce qu’elle était. Voilà qui relativise le « record » de la délégation française, classée finalement 7e alors qu’elle représente le 6e pays le plus riche du monde. C’est une place en dehors du top 10 aurait été l’événement.

Cela n’est guère étonnant. Les Jeux Olympiques ne sont plus depuis longtemps un sanctuaire préservé des puissances de l’argent. Il est loin le temps où des sportifs étaient disqualifiés pour professionnalisme. Le sport est une industrie qui s’intègre dans la mondialisation ultra-libérale. Et l’olympisme a cédé aux sirènes de l’argent. Les droits de diffusion se négocient à coup de milliards. Aux États-Unis, NBC a payé 6,3 milliards d’euros pour avoir l’exclusivité de diffuser les images des compétitions olympiques jusqu’en 2032, dont plus d’un milliard rien que pour les Jeux de Rio. Cela explique pourquoi les horaires des compétitions s’adaptaient aux contingences des téléspectateurs des États-Unis.. Le comble a failli être atteint lors de la cérémonie d’ouverture. NBC voulait que les délégations défilent selon l’ordre alphabétique anglais plutôt que portugais. USA se dit Estados Unidos chez les Brésiliens, ce qui place donc la délégation de ce pays au milieu du défilé alors que United States l’aurait mis à la fin. C’était pour NBC une manière de retenir le plus possible le téléspectateur, afin de faire plus de recettes publicitaires. Fort heureusement, cette requête a été rejetée mais le simple fait qu’elle ait été émise en dit long sur l’état d’esprit : je paie donc je décide.

Cette puissance de l’argent aboutit à une adaptation des règles. Les sportifs russes suspendus par le passé pour dopage étaient indésirables à Rio, mais pas ceux des autres pays dans le même cas. C’est ainsi qu’un athlète des États-Unis condamné deux fois pour dopage a pu concourir et a même été classé à la seconde place de l’épreuve reine, le 100 mètres en athlétisme.

Le tableau des médailles des JO de Rio a donc consacré un fait : les plus riches sont devant. Il reste néanmoins un grand perdant, c’est le peuple brésilien. Il était exclu de la fête des riches et il devra payer la facture.

J.B.


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