Edito

Jusqu’où va-t-“on” descendre ?

Geoffroy Géraud-Legros / 2 août 2010

Que faire lorsqu’“on” a été élu au nom du « pouvoir d’achat » et de la « France qui se lève tôt » et qu’il faut affronter le mécontentement d’un peuple qu’“on” ruine pour engraisser la France qui se lève quand bon lui semble, celle qui vit de rentes et de dividendes boursiers ?

“On” s’agite. “On” se fait voir. “On” gonfle le jabot.
“On” joue les sauveteurs et les sauveurs : de la paix du monde, en Géorgie, du climat à Copenhague. De Sommets en Sommets, aux quatre coins du monde, “on” joue des coudes pour être vu auprès des plus grands que soi. Cela ne marche pas ? Personne n’y croit ? Peu importe : il reste toujours les vieilles recettes. Celles qui ont fait leurs preuves. Le temps de remiser au placard la lettre de Guy Môquet, les visites à Nelson Mandela en compagnie de Madame et les sirupeux hommages à Césaire, et voilà qu’“on” ressort le karcher, les inspections en préfecture menées au pas militaire, les lunettes de flic californien.

Seulement voilà : le style ti cow-boy la cour, entre Le Pen et Chuck Norris, ne suffit plus à convaincre une extrême-droite qui se sent le vent en poupe. Il faut donc descendre encore un peu plus bas. Et c’est ainsi, presque naturellement, qu’“on” se retrouve sur le bon vieux chemin qui mène du côté de Vichy. “On” se plaint de « 50 ans d’immigration ». “On” tape à bras raccourcis sur les nomades, éternels bouc émissaires des sociétés occidentales. “On” retrouve l’équation entre les « indésirables » et tous les maux qui assaillent la société. “On” vocifère à nouveau qu’il y a deux catégories de Français : les « de souche » et les pièces rapportées suspectes. Et “on” menace de déchoir les éléments malsains de la nationalité française, lorsqu’ils auront maille à partir avec la justice. Et comme “on” se sent malgré tout de plus en plus cerné par la colère et la révolte de l’opinion, “on” la surveille. Et “on” charge un jeune prodige de l’informatique, frais émoulu d’une grande école républicaine, d’« établir une veille sur internet », réagissant à la moindre mention du nom présidentiel sur la toile. En clair : “on” voudrait pouvoir identifier et contrôler tous les sites, vidéos, forums de discussions, journaux en ligne, blogs où “on” peut lire ou entendre son nom assorti de critiques. Et peut-être qu’“on” réfléchit dans le même temps à un moyen de ne plus les lire et de ne plus les entendre.

G.G.-L.


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