Edito

L’absence d’efficacité parlementaire et la crédibilité du gouvernement

J.B. / 4 avril 2013

La vie publique actuelle à La Réunion est encadrée par la loi du 19 mars 1946. Il y a 2 semaines, le PCR a consacré une conférence-débat au 67ème anniversaire du vote de cette loi. Ce fut l’occasion pour le public présent à l’Hôtel “Le Saint Denis” de constater l’ampleur de cette décision sur la transformation sociale, économique, culturelle, environnementale et politique de La Réunion. Il fut souligné également les incohérences et les contradictions du moment. Ce qu’on appelle, « la loi de l’Egalité » est l’œuvre de 2 députés, élus le 21 octobre 1945.

D’octobre 45 à mars 46, en 5 mois, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche ont arraché ce qui est devenu le deuxième marqueur de l’histoire de La Réunion ; le premier est le 20 décembre 1848, date qui symbolise la Liberté, en terre réunionnaise. Si l’on veut mesurer l’importance de ce travail parlementaire, il faut noter que la majorité parlementaire qui a permis ce vote le 19 mars fut dissoute en mai. Ainsi, à 2 mois près, l’histoire aurait pu être différente. L’avenir de l’île fut scellé grâce à la célérité avec laquelle les 2 députés ont agi ainsi qu’à leur haut niveau de conscience politique. Hélas, ce n’est pas le cas, aujourd’hui.

La période actuelle est marquée par l’idée que le régime politique née de cette époque a épuisé ses ressorts, il est devenu obsolète. En 1945, l’état d’esprit était quasi identique : il fallait sortir du régime colonial. La comparaison s’arrête là. Car ce qu’ont pu arracher 2 députés, en 5 mois, tranche avec la situation actuelle où l’île compte 7 députés. Plus de 8 mois après leurs élections, en juin 2012, il n’y a aucun résultat conforme au slogan de campagne « le changement, maintenant » . Pourtant, ces parlementaires avaient en charge de traduire dans la loi le vœu de changement profond exprimé par 71% d’électrices et électeurs qui avaient choisi une nouvelle majorité présidentielle, un mois avant.

A Paris, ils se sont tous inscrits dans cette majorité présidentielle. Alors, pourquoi y a-t-il ce vide ? Faut-il être un génie ? La parité n’est pas en cause puisqu’il y a 3 femmes sur 7. La connaissance du milieu non plus, car si parmi les 7 se trouvent 4 novices, ce n’est pas le cas des 3 autres. En effet, Bello, Fruteau et Lebreton sont des anciens. La première entame même son 4ème mandat, avec 16 années effectives au compteur.

Dès lors, si les Réunionnais sont déçus de l’absence de changement de politique, doivent-ils s’en prendre à Hollande ou bien à tous ces parlementaires qui ont déclaré qu’ils (elles) étaient les mieux placé(e)s pour travailler au succès de la mandature ? Le message complice était clair quand, sur les affiches officielles de plusieurs candidat(e)s, la photo du Président “photomontée” servait de racolage de voix. Ces parlementaires ont menti à la population.

Même le cumul de mandats ne peut pas être invoqué comme circonstances atténuantes. Car, le 19 mars 1946, Vergès était maire de Saint-Denis et Lépervanche, maire du Port. Ils ne se prenaient pas pour des génies, mais se sont montrés efficaces. Aujourd’hui, l’absence d’efficacité parlementaire mine la crédibilité du gouvernement et taraude le moral des Réunionnais.

J.B.


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