Edito

L’Afrique aux Africains

Geoffroy Géraud-Legros / 25 janvier 2011

« La seule chance de changement politique : l’insurrection ? Oui. Non. Autres. Cliquez pour voir les résultats ». Ce sondage en ligne sur un site gabonais de nouvelles en temps réel peut sembler surréaliste. Pourtant, il résume bien l’étroitesse de l’alternative fournie à de nombreux peuples d’Afrique, en ce début de XXIe siècle.
Les évènements de Tunisie et de Côte d’Ivoire ont mis en lumière le poids que font peser les puissances occidentales — qu’il s’agisse ou non des anciens colonisateurs — ainsi que les multinationales sur le continent africain. Cinq décennies après la décolonisation, les peuples d’Afrique peinent à accéder à la maîtrise de leur destin, de leurs ressources, de leur sous-sol ; la plupart des jeunes nations sont les otages des stratégies impériales des grandes puissances, appuis du pillage des immenses réserves de matière première que recèle le continent par les entreprises transnationales.

Des pays dont Washington, Paris ou Londres entendent bien que les dirigeants, démocratie ou pas, se comportent avant tout en représentants directs de leurs intérêts. Quitte à en changer au gré de leurs rivalités impériales, lorsque les « locaux » ne l’entendent plus de cette oreille, ou lorsque les élites favorisées par les ambassades néocoloniales et les actionnaires étrangers commencent à s’enrichir un peu trop aux dépens des deux autres.
C’est vraisemblablement ce scénario qui a provoqué la fuite du Président tunisien Ben Ali, dont la famille s’était prodigieusement enrichie en vendant les richesses des Tunisiens aux capitaux étrangers... finissant par nuire à ces derniers par son omniprésence dans les activités lucratives.

Les bruits de bottes qui résonnent en Côte d’Ivoire ont beaucoup à voir avec le danger ressenti par certains intérêts français, dans cette aire où certaines élites dites républicaines, des patrons de grandes entreprises et bataillons de militaires et de barbouzes voient le « pré carré » de la France. C’est que la Côte d’Ivoire a été bonne fille avec sa puissante ancienne colonisatrice : Bolloré, Bouygues et Total ont la main sur de nombreux pans de l’économie du pays ; les "expatriés" français vivent dans le luxe d’une communauté fermée et arrogante, au milieu d’une population qui subit les déchirements d’incessantes crises économiques, sociales et politiques.
Il ferait beau voir qu’un Nicolas Sarkozy, grand copain de yacht du même Bolloré, patron d’Eric Woerth et de Brice Hortefeux, et pour qui « l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire », puisse dire ce qui est vertueux ou non sur le continent.

Alors oui, Laurent Gbagbo est peut-être comme ceci et comme cela. Allasane Ouatara a sans doute le blanc-seing du FMI - ce qui n’est d’ailleurs pas forcément la lettre de créance la plus rassurante en ces temps d’après-crise.
Mais que l’on nous permette de penser que Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale, Eduardo dos Santos en Angola, Jacob Zuma en Afrique du Sud, ainsi que d’autres chefs d’Etats africains doivent être entendus, lorsqu’ils exigent que cessent les ingérences occidentales, et que les affaires africaines soient réglées par les Africains eux-mêmes. Souhaitons que ceux qui considèrent que c’est, encore et toujours, en Europe que doit se dire le destin de ces derniers comprennent que le vent d’Afrique est en train de tourner.

G.G.-L.


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