Edito

L’Appel d’Yves Mont-Rouge

Geoffroy Géraud-Legros / 30 août 2010

L’éditorialiste du “JIR” est-il frappé d’une variante du virus qui traîne aux quatre coins de l’île ? On peut le croire, tant il semble avoir pris en grippe les initiatives de ceux qui luttent contre la pauvreté. La date du 29 août aura fait l’objet d’une fébrile fixation de sa part, donnant lieu à des éditos particulièrement bilieux, dont le dernier établit un parallèle moucateur entre l’Appel du 18 juin 40 et celui de l’Alliance des Réunionnais Contre la Pauvreté (ARCP). 

Cette jaunisse littéraire s’exprime plus particulièrement contre l’un des organisateurs de la manifestation, Jean-Hugues Ratenon, et bien entendu contre Paul Vergès. Car c’est bien l’idée d’une « récupération » politique du mouvement qui faisait trépigner notre confrère, que l’appel lancé par Paul Vergès à soutenir et à renforcer le combat contre la pauvreté a irrité au plus haut point.



Yves Mont-Rouge n’est pourtant pas un ignorant et sait fort bien que Paul Vergès est précisément l’un de ces Réunionnais qui répondirent en leur temps à l’appel du Général de Gaulle. Mais peut-on réfléchir lorsqu’on est phobique ? A en croire Yves Mont-Rouge, rien ne va, rien n’est bon, tout est pourri du côté de ceux qui se mobilisent : les organisateurs de la mobilisation sont soit des manipulateurs, soit des manipulés ; les participants sont des zombis sans volonté, ni identité, trimballés de droite et de gauche au gré des désirs des “gran-diab” rouges. 
Ces derniers, assène le journaliste, se foutent des pauvres et de la pauvreté… comme de l’An 40.

La preuve, nous dit-il, ils ne sont pas pauvres eux-mêmes. 
Alors là, on en reste baba : selon Yves Mont-Rouge, le civisme, la solidarité, la compassion et la fraternité, ça commence et ça s’arrête aux frontières de soi-même. A prolonger ce raisonnement, on arriverait à la conclusion absurde selon laquelle il faut être Noir pour lutter contre le racisme, qu’il faut être Juif pour combattre l’antisémitisme… que les riches doivent s’occuper de leur pognon, les classes moyennes de leurs emprunts. Quant aux pauvres, ensort azot. 
Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées : telle est en substance la pensée d’Yves Mont-Rouge. 


Mais le hic, c’est que les problèmes existent. Que la pauvreté, le chômage et la crise ne sont pas des mythes propagés par les communistes. Et que pendant que les vaches sont si bien gardées, cabri i mange salade. Comment la pensée d’Yves Mont-Rouge entend-elle affronter la réalité ? De ses éditos émerge une ligne claire et constante : face à la détresse et l’adversité, il ne faut rien faire. 
C’est ce que préconisait déjà l’éditorialiste lors du gazage devant la mosquée de la rue Maréchal-Leclerc : ne levez pas le petit doigt, et bouclez-la. Certains réagissent ? Des comploteurs à la solde du PCR. 
Idem, donc, contre la pauvreté : ne faites rien. Qui bouge est rouge. 
Vous verrez qu’un de ces jours, Yves Mont-Rouge va lui aussi y aller de son Appel et exhorter solennellement les Réunionnaises et les Réunionnais à rester zot cases.

G.G.-L.


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