Edito

L’arme de la finance

J.B. / 17 décembre 2014

Accusée par l’Occident de soutenir les opposants au coup d’État en Ukraine, la Russie est la cible de sanctions économiques par les pays de l’OTAN. Elles sont à double tranchant, car pour sa part la Russie a répondu. Elle a choisi de ne plus importer des produits agricoles de l’Union européenne. Au moment où arrive l’hiver en Europe va donc se poser la question de l’approvisionnement en gaz russe.
Face aux sanctions, la Russie a montré qu’elle est loin d’être isolée. Elle va diversifier ses débouchés. Un projet de gazoduc vers la Chine est lancé. La Russie a également conclu d’importants accords économiques avec l’Inde lors de la récente visite de Vladimir Poutine dans ce pays. Bien que membre de l’OTAN, la Turquie a choisi de ne pas suivre les Occidentaux. Elle vient aussi de signer des accords avec la Russie, notamment pour la construction d’un nouveau gazoduc.
Rappelons aussi l’épisode du G20 en Australie, où la Russie est sortie grandie de l’épreuve de force lancée par les Occidentaux par voie de presse.

La tentative des chefs de l’OTAN d’isoler la Russie n’a pas fonctionné. C’est au tour d’une autre arme d’agir : la finance. La monnaie russe est attaquée. La livre turque subit le même sort. Extrait d’une dépêche d’agence :

« La devise russe a continué sa chute mardi, l’euro atteignant 100 roubles et le dollar 80 roubles en cours de séance sur le marché moscovite.
Les deux taux de change sont retombés en une demi-heure à 92 roubles et 73 roubles respectivement (taux enregistrés à 16 h à Moscou, soit 13 h GMT), selon les données publiées en ligne par la bourse de Moscou.
Sergueï Chvetsov, le vice-président de la banque centrale russe, a fait savoir que la banque préparait de nouvelles mesures pour stabiliser la situation économique et enrayer la crise actuelle.
Dans la nuit de lundi à mardi, la banque a augmenté de façon inattendue son taux directeur de 6,5 points de pourcentage pour l’amener à 17%, cette seconde hausse en moins d’une semaine ayant pour objectif de contrer les risques accrus de dépréciation du rouble et d’inflation. »

L’inflation a franchi la barre des 10 %.

Cette fois, la population qui est visée. Pour les personnes dépendant de revenus de l’État, la situation est la suivante. Elles doivent faire face à la hausse des prix, alors que l’État subit une baisse considérable de ses recettes à cause de la chute du prix du baril de pétrole. Depuis le début de l’offensive de l’OTAN en Ukraine, le gouvernement russe est largement soutenu par la population. Provoquer une baisse brutale du pouvoir d’achat des Russes vise manifestement à monter le peuple contre ses dirigeants.
Mais cette politique a des effets collatéraux chez les alliés des Occidentaux.

Des pays du Moyen-Orient font tout pour faire baisser le prix du pétrole. Ils veulent que leur marchandise soit beaucoup moins chère que le pétrole de schiste, afin qu’ils puissent regagner des parts de marché (voir page 5). Le prix du baril a ainsi baissé de 40 % en quelques mois, ce qui pénalise les pays exportateurs de cette matière première, en particulier la Russie.
Mais à Dubaï, aussi bien qu’à Ryad ou à Abou Dhabi, les bourses ont chuté en une journée de 7 à 8 %. L’onde de choc s’est aussi propagée à Wall Street.

En cherchant à faire plonger la Russie dans la récession, les dirigeants occidentaux jouent un jeu dangereux dans un monde toujours en crise économique.


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