Edito

L’île sans pétrole refusée aux Réunionnais

Manuel Marchal / 2 février 2011

Depuis hier, le prix des carburants revient tutoyer les sommets de 2008. Tous les Réunionnais seront frappés par les conséquences de cette hausse, qu’ils aient ou non une automobile. En effet, les transporteurs répercutent la hausse sur leurs tarifs. Or, toutes les marchandises sont transportées par des véhicules fonctionnant avec des dérivés du pétrole.

Cela amène à constater l’incroyable degré d’irresponsabilité qui a présidé à la décision d’arrêter le chantier du tram-train. Ce mode de transport doit en effet fonctionner avec de l’électricité. Des expérimentations étaient en cours pour que d’ici 2025, La Réunion atteigne l’autonomie énergétique à partir des énergies renouvelables. Donc le tram-train est fait pour fonctionner avec une énergie produite La Réunion, qui ne dépend pas de la spéculation mondiale.
Son arrêt condamne les Réunionnais au tout-automobile, un moyen de transport qui ne fonctionne qu’avec de l’énergie importée.

Quelques mois après la décision d’arrêter le tram-train, le gouvernement inscrit dans la loi de finances la suppression des subventions fiscales à la construction de centrales photovoltaïques, et décrète un moratoire de trois mois sur toute nouvelle installation. Ceci donne un coup d’arrêt à une filière prometteuse mais surtout donne un formidable coup de pouce aux lobbys du charbon et du pétrole. Ces derniers sautent aussitôt dans la brèche, avec comme exemple la déclaration du directeur régional d’EDF qui considère indispensable la construction de deux centrales au fioul dans le Sud.
Comme pour les automobiles, ces turbines à combustion ne peuvent fonctionner que si des milliers de tonnes de carburants sont importées, sans que nous puissions en fixer le prix.

Jusqu’en mars dernier à la Région, une politique avait été mise en œuvre pour qu’en 2025, les variations des cours du pétrole ne concernent plus les Réunionnais. L’autonomie énergétique, c’est une île sans pétrole ni charbon.
Mais le gouvernement avec la complicité d’exécutants locaux a décidé de reprendre la main avec brutalité, interdisant aux Réunionnais le droit de vivre sans pétrole. À chaque hausse des prix des carburants, cette irresponsabilité sera payée encore plus cher.

M.M. 


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