Edito

L’impudence des accapareurs

Témoignages.re / 23 septembre 2009

Depuis novembre 2008, La Réunion est en ébullition : les prix matraquent 52% des Réunionnais vivant de revenus inférieurs à 817 euros mensuels (seuil de pauvreté de France). 30.000 demandes de logements restent insatisfaites au moment même où les mises en chantier s’effondrent. Plus de 5000 ouvriers sont brutalement privés d’emploi. Au cours du 1er semestre 2009, 900 entreprises ont été liquidés, dont 350 du BTP. Les personnes ayant un contrat précaire, les travailleurs pauvres percevant moins de 1,4 Smic par mois, et les couches moyennes sont frappés de plein fouet par cette crise.
Et on nous explique, bien sûr, que tout le monde paye le prix fort. En substance, on nous dit : « les gars, le bateau traverse une furieuse tempête, accrochons-nous tous pour le sortir de cette mauvaise passe, après ça le soleil brillera pour tout le monde ».
Sauf que, malgré la colère désespérée des gens, le préfet, les pétroliers, les Mongin — pour camoufler la vérité — tentent de détourner cette légitime colère contre la Région d’abord, puis contre tous les élus accusés d’être « des salopards, des rats » refusant de donner du travail, empêchant que des travaux programmés et financés puissent être réalisés.
Mais ces mêmes imprécateurs travaillent main dans la main avec un Didier Robert annulant la rocade sud du Tampon ou un J-P. Virapoullé qui, battu pour s’être opposé au passage du Tram-Train à Saint-André, multiplie les recours pour retarder le début du gigantesque chantier du Tram-Train. À Saint-Denis d’importants travaux sont mis en sommeil.
Souvenons-nous, pendant toute la bataille du COSPAR, la coalition des courageux yakas-fokons anonymes se répandait en invectives sur les radios et les forums écrits : la liste du COSPAR est nulle, les taxes sont trop élevées, l’Octroi de mer nous bouffe notre pouvoir d’achat, etc.
Mais néna in zour i apèl domin. Il a suffi d’attendre : les rapports officiels ont commencé de débouler de partout : l’Inspection générale des Finances, l’Autorité de la concurrence, le rapport sénatorial, le rapport de l’Assemblée Nationale ont fait justice de toutes les sottises, toutes les manœuvres grodwa du couple pétrolier-préfecture auquel se joignit le trioliste Mongin. Ces 4 rapports ont irréfutablement établi que — depuis des années — le monopole des pétroliers se gave sur le dos des Réunionnais : kérosène, gazole, super, gaz, ils n’ont cessé de s’empiffrer. Des marges bénéficiaires de 77% !
Les rapports expliquent clairement le manège : les pétroliers viennent voir le préfet et lui disent : les gérants de stations-service ne s’en sortent plus. Le préfet s’exécute et augmente de 8 centimes. Aussitôt les pétroliers ramassent 4 des 8 centimes accordés. C’est écrit noir sur blanc dans les rapports. Et là, début septembre, quand le préfet augmente les prix des carburants, les pétroliers protestent : « mèt ankor la pasé ! ». Mais la préfecture sentant les usagers au bord de l’explosion, elle résiste aux demandes des pétroliers.
Que font ces messieurs ? Ils taxent les gérants de stations-service et les menacent : ou tu raques ou on te débarque de la gérance à la première occasion et on vire tous les employés qu’on remplacera par des automates ! Ce racket est public et personne ne bouge ! Au nom de la liberté du commerce ? Par respect du dogme de la concurrence “libre et non faussée” ?
Puis c’est France Télécom qui se fait prendre la main dans le pot de confiture. Après vient le tour de SRR. Aussitôt a suivi le rapport sur les prix de la grande distribution, des prix plus chers de 55% ! Et enfin, aujourd’hui, la Commission de Bruxelles publie un rapport qui démontre que les banques, impitoyables avec les PME, les artisans, les ménages, accablent leurs clients de frais injustifiables et trichent en servant des bonus démentiels à leurs dirigeants. Ceux-là mêmes qui ont mis les banques en quasi banqueroute. Sitôt renfloués avec l’argent de nos impôts, ils s’octroient primes, bonus, retraites-chapeau, golden parachutes et autres gratifications.
Messeigneurs, il serait temps de réfléchir à ce proverbe réunionnais : « Aforstan kalbass … »

Jean Saint-Marc

NB  : À cette adresse, jusqu’à ce soir, l’émission "L’objet du scandale". Un sujet gratiné sur les traders et les banques.
http://programmes.france2.fr/objet-du-scandale/index.php?page=article&numsite=2225&id_article=5174&id_rubrique=2228


Kanalreunion.com