Edito

L’« objectivité » en campagne

Geoffroy Géraud-Legros / 4 janvier 2011

Il ne manque pas, à La Réunion, de journalistes persuadés – et désireux de persuader les autres - qu’ils travaillent en toute « objectivité » à l’information des citoyens. Ou au moins, ceux qui se veulent les plus lucides parviennent-ils, sans trop se fatiguer en examens de conscience, à se convaincre qu’ils mettent en œuvre sous nos cieux ce qu’Hubert Beuve-Méry, figure tutélaire du journalisme, nommait « une subjectivité désintéressée ».

Manière, bien sûr, de se distinguer de la « presse d’opinion », c’est à dire, ici, du journal que vous avez en main. La presse d’opinion c’est, bien sûr, celle que l’on suspecte de pratiquer systématiquement une subjectivité fort intéressée. La « bonne » presse, elle, c’est bien connu, ne mange pas de ce pain-là.
Un rapide examen aux médias dominants de notre pays montre que l’objectivité – ou les efforts vers la subjectivité désintéressée - n’empêche pas une sélection assez orientée des sujets, des questions, et même, ce qui cadre assez mal avec l’objectivité revendiquée, des faits.

Prenons, par exemple, le "papier" consacré par l’un de nos confrères au travail de responsabilisation et de discipline des mœurs fêtardes mis en œuvre par la Mairie de Saint-Paul, à l’occasion des fêtes du 31 décembre. Annoncé à plusieurs reprises publiquement par Mme Huguette Bello, maire communiste de la commune où se déroulent les festivités les plus susceptibles de dégrader le fragile environnement marin, qui en avait fait de longue date, l’une de ses priorités, l’opération nommée "pour un jour de l’an gadyamb" a enregistré, selon notre confrère et l’avis général, un franc succès.
Une réussite que le journaliste réussit le tour de force d’évoquer sans citer une seule fois la maire de Saint-Paul, qui en est à l’origine… ne citant que son adjoint écologiste, M. Kristof Pomez. Ô surprise, M. Pomez est justement candidat aux cantonales, où il affrontera un candidat investi par le PCR et soutenu par… Huguette Bello.
Preuve que le désintéressement n’interdit pas les préférences.

Chez un autre de nos confrères, l’objectivité montre qu’elle sait faire bon ménage avec des affinités que l’on pourrait, au prix d’un jeu de mots assez classique, qualifier d’électives. Dans un entretien de deux grandes pages consacré au Maire de Bras-Panon Daniel Gonthier, un interviewer acrobatique parvient à éviter à son interlocuteur l’évocation de tout sujet qui fâche : exit, par exemple, la détermination de l’édile pannonais à faire perdre leurs emplois à des emplois verts travaillant pour une association qui ne lui plaît pas. Exit aussi les questions suscitées par la disparition pendant le vaste incendie du Maïdo de celui qui affirme – kayamb à la main - être M. UNESCO dans notre pays. Aucune mention des critiques formulées envers le côté "m’as-tu-vu et bling-bling" de la délégation conduite par M. Gonthier à l’UNESCO. Encore moins question de rappeler à l’élu de l’Est, lorsqu’il clame sa joie d’avoir « tourné la page de l’histoire des Vergès », afin, dit-il, « d’en finir avec le clanisme », qu’il doit lui-même son existence politique au "clan" Moreau, qu’il a intégré en tant que gendre. Ô surprise, Daniel Gonthier annonce qu’il "participera" aux cantonales. Il aura sans nul doute apprécié le désintéressement de la presse envers certains sujets, à l’aube d’une campagne qui ne sera pas facile pour son camp.

G.G.-L.


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