Edito

L’Occident pris à son propre piège

J.B. / 22 juillet 2014

Si l’Union Européenne et les Etats Unis avaient conscience que le conflit qu’ils ont ouvert place Maidan, en Ukraine, afin de provoquer la chute du gouvernement légal, allait avoir comme conséquence le départ de la Crimée, se seraient-ils lancés dans cette aventure ? Si, en plus, ils avaient évalué le risque d’un enlisement conflictuel armé entre Ukrainiens, auraient-ils ouvert ce foyer de tension alors qu’ailleurs dans le monde, ils n’ont pas encore éteint les incendies qu’ils avaient sciemment allumés ? Enfin, si ces mêmes protagonistes avaient pu envisager un seul instant qu’un avion de ligne aurait pu être abattu au-dessus de la zone de conflit, auraient-ils laissé le survol de cet espace aérien, garanti sans danger ?

Tout porte à croire que l’Union Européenne et les Etats Unis n’avaient pas envisagé les multiples conséquences de leur stratégie d’expansion territoriale vers l’Est pour offrir à l’OTAN un espace généreux. Pour preuve, le traitement humanitaire de l’avion abattu est un véritable désastre sur tous les plans. Il révèle surtout l’incapacité des 2 puissances atlantistes à prendre des initiatives concrètes. Ils passent leur temps à dénoncer Poutine, mettant en avant la bonne conscience de l’Occident et des dirigeants de l’OTAN. Car, enfin, c’est un événement qui se passe en territoire européen, là où se trouve un concentré de toute leur panoplie politique et leur arsenal militaire. Ils sont tétanisés devant ceux qu’ils qualifient de « séparatistes » et dont ils pensaient se débarrasser, à peu de frais, par des moyens militaires. Ils avaient même organisé le silence des médias.

Tout est raté ! Cela ne s’est pas passé comme prévu. A cause de cet événement tragique, le monde entier découvre l’ampleur de la confrontation intra-Ukrainienne. Le gouvernement est dirigé par un milliardaire du chocolat, préoccupé par l’avenir de son chiffre d’affaires, sur lequel la communauté internationale, encore moins les parents des victimes, ne peuvent pas compter. Des « séparatistes » qui pour l’heure réussissent à imposer leurs conditions à tous, (y compris, à Poutine, qu’ils suspectent depuis quelque temps de les abandonner). Ils montrent leur force et deviennent des interlocuteurs incontournables. Les médias si silencieux et très orientés sont dépassés quand le Vice-premier ministre Ukrainien Vladimir Groïsman annonce que les forces régulières ont déjà perdu 14 avions et hélicoptères, abattus, depuis le lancement de l’offensive armée contre les populations de l’Est du pays.

Dès lors, les attaques publiques contre Poutine et la Russie apparaissent plus comme le dernier niveau de l’irresponsabilité là où l’urgence réclame l’action concertée des puissances en cause. Il y aura un temps pour le traitement des différends. Pour cet avenir, c’est de Tokyo que vient une proposition inattendue de Shinzo Abe, premier ministre : « toutes les questions doivent être réglées par la voie diplomatique et dans le cadre du droit international ». C’est exactement ce que ne veulent pas les forces qui ont allumé l’incendie : les Etats Unis, l’Union Européenne et l’OTAN. Ils sont pris à leur piège.

J.B.


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