Edito

L’ouragan Matthew rappelle la vulnérabilité de La Réunion aux cyclones

J.B. / 6 octobre 2016

Depuis plusieurs jours, le cyclone Matthew fait d’importants dégâts aux Antilles. C’est le plus puissant ouragan depuis 10 ans dans la Caraïbe. Après être passé près de la Martinique, de la République dominicaine. il a frappé de plein fouet Haïti, puis a touché Cuba avant de se diriger vers les États-Unis. C’est à Haïti et en République dominicaine que la situation est la plus dramatique. Une vingtaine de personnes sont mortes des suites de vents à plus de 200 km/h et de pluies diluviennes. Le quart du pays est ravagé. Des maisons, des récoltes sont détruites. Le choléra menace.

A Cuba et aux États-Unis, des centaines de milliers de personnes ont été évacuées des zones littorales.

Le mois dernier, c’est Taïwan qui avait subi le passage d’un typhon très intense. Des vents avaient soufflé à plus de 300 km/h, accompagnant d’importantes pluies. Ces deux exemples rappellent la force des cyclones.

La Réunion a déjà connu de telles catastrophes. Hier lors du colloque sur les 70 ans de départementalisation organisé au Conseil départemental, Mario Serviable a évoqué le séjour à La Réunion d’une mission d’inspection du ministère de la Santé publique et de la Population juste après le passage du cyclone de 1948. À l’époque, les dégâts étaient comparés au bombardement d’une ville. 178 Réunionnais avaient perdu la vie. 70 % des maisons étaient détruites. La totalité des récoltes était perdue. Les stocks industriels détruits ou abîmés. La Réunion était déjà dans la pénurie à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, cette catastrophe naturelle avait alors aggravé considérablement la situation.

Ce type de cyclone peut encore frapper La Réunion. Mais notre île a beaucoup changé depuis 1948. La population est passée de 250.000 à 850.000 habitants. Les Réunionnais ont quitté la campagne pour vivre dans les villes au point que La Réunion est un des pays les plus urbanisés du monde, selon l’ONU. Cela favorise le ruissellement de l’eau. Enfin, le niveau de la mer est monté au cours de ces 70 dernières années en raison du changement climatique.

Le passage sur La Réunion d’un cyclone aussi puissant qu’en 1948 pourra donc faire encore plus de dégâts matériels, et toucher un nombre plus important de personnes.

Une telle éventualité impose de prendre des mesures pour protéger la population, en particulier celle du littoral. Cela implique un nouvel aménagement du territoire, pour éloigner les habitants des zones à risque, tout en sachant qu’au cours de ces 20 prochaines années, la population augmentera de 150.000 personnes. Ce sont donc des investissements colossaux.

Cette priorité bien d’actualité n’apparaît pas dans le projet de loi sur l’égalité réelle. Or ce texte doit fixer le cadre de La Réunion pour les 20 ans à venir. Une telle impasse sur un sujet aussi important est une des raisons qui amène à s’interroger sur l’efficacité de ce texte avant même qu’il ne soit voté par les députés.


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