Edito

La cote de popularité de la France au plus bas

J.B. / 20 janvier 2015

Les manifestations anti-françaises ont encore gagné en ampleur hier. A Grozny, capitale de la Tchétchénie, les autorités ont annoncé entre 800.000 et un million de manifestants dans la rue pour protester contre la « une » de Charlie Hebdo et contre le terrorisme. « Ne touchez pas à Mahomet » et « la force n’est pas la méthode » étaient des mots d’ordre portés sur les panneaux. Les manifestants ont rappelé que l’islam est une religion de paix. Un pacifisme qui ne les empêche pas de s’indigner, a déclaré en substance le Mufti de la République de Tchétchénie, Jaron Torjoev.
Présent dans la manifestation, le président de la Tchétchénie Razman Kadyrov a déclaré que les dirigeants des pays occidentaux ont une part de responsabilité dans l’attaque contre Charlie Hebdo. Il craint que ce drame suscite des vocations de terroristes en Occident qui viendront ensuite grossir les rangs de l’armée de l’État islamique en Syrie et en Irak. La Tchétchénie est proche de la ligne de front. L’État islamique est en effet en guerre contre la Russie, son but déclaré est de faire tomber le gouvernement russe.

Ailleurs dans le monde, des manifestations anti-françaises très violentes ont eu lieu. A Gaza, des extrémistes ont brûlé le drapeau français menaçant de mort les employés d’un centre culturel. A Téhéran, des manifestants ont crié « mort à la France », ainsi qu’en Afghanistan et au Pakistan. Rappelons qu’au Niger, les manifestations contre la France ont fait 10 morts, et sont à l’origine de l’incendie de 45 églises et d’un centre culturel. A Dakar, le drapeau de la France avait été brûlé devant l’ambassade de ce pays vendredi.
L’attentat contre Charlie Hebdo a fini par déclencher une grave crise entre la France et des peuples d’Afrique et d’Asie. Cela a réduit à néant le bénéfice du vote par le Parlement français d’une résolution demandant la fin de l’occupation israélienne de la Palestine et la création d’un Etat palestinien, conformément au droit international.
L’image de la France est au plus bas. Même Amnesty International constate une dégradation. L’organisation de protection des droits humains dénonce des arrestations abusives au pays des droits de l’homme, pour « apologie du terrorisme ».

En France, les actes racistes contre les Français de religion musulmane et les mosquées se multiplient. Or, l’islam est la deuxième religion de France et compte plusieurs millions de croyants. Cette violence sans solution pour le moment menace la cohésion sociale.
Pendant que l’image de la France en prend un coup à l’extérieur comme à l’intérieur de ses frontières, un sondage annonce une hausse sans précédent de la cote de popularité du président de la République et du Premier ministre. François Hollande est passé de 19 à 41 %. L’action face aux attentats et dans les jours suivants est l’explication avancée pour ce rebond.
Ce résultat est en total décalage avec le monde réel. Il accrédite la thèse d’un fossé qui se creuse entre l’Occident et les autres peuples du monde. Les causes du terrorisme sont pourtant bien connues des dirigeants occidentaux : inégalité, pauvreté et sentiment d’injustice. L’Occident a sa part de responsabilité dans ces phénomènes. Depuis les attentats contre Charlie Hebdo, les responsables politiques occidentaux n’ont pas fait de geste montrant un changement dans les politiques qui favorisent le terrorisme. Vont-ils agir avant que le fossé s’agrandisse ?


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