Edito

La crise de confiance

J.B. / 29 octobre 2013

C’est à la fin des années 60 que des scientifiques des Etats-Unis travaillant pour l’armée mettaient au point l’ARPANET. Il s’agissait à l’époque de créer un réseau d’information qui pouvait continuer à fonctionner même si un de ses nœuds était détruit. Cette trouvaille allait ensuite être diffusée dans les universités. Les chercheurs ont commencé à travailler sur ce réseau des réseaux. L’Internet était né. Puis dans les années 1990, le grand public a pu accéder à cette technologie quand Tim Berner Lee mit au point le World Wide Web, sur un ordinateur du Centre européen de recherche nucléaire (CERN) en Suisse. Cette révolution technologique s’est alors développée partout, sur tous les supports. Aujourd’hui, les Réunionnais ont à leur disposition au moins un téléphone mobile par habitant. Chacun peut se connecter au monde entier et accéder à des informations publiées à l’autre bout de la planète en quelques secondes. Tout ce qui circule dans les airs et dans les câbles transocéaniques est codé sous forme de suite de 0 et de 1. C’est l’ère du numérique. Tous ces changements se sont faits en moins de 20 ans.

Mais depuis quelques mois, c’est la révélation d’une conséquence de la révolution technologique. Un seul pays est capable de tout espionner, il lui suffit de se brancher sur les câbles et de tout décoder. Pour se rendre compte du rôle historique d’Edward Snowden, il suffit de se projeter 25 ans en arrière. Ose-t-on imaginer ce que les Occidentaux auraient dit s’ils avaient appris que l’URSS espionnait tout le monde ? Cela aurait été sans doute quelque chose d’aussi tendu que la crise des missiles.

Or, manifestement, grâce à la diffusion de ces technologies créées à l’origine pour l’armée, les Etats-Unis ont un réseau d’espionnage qu’aucun pays n’a jamais pu posséder. Personne n’est à l’abri, et les dernières informations font état de la mise sur écoute de 35 chefs d’État et de gouvernement. Cet espionnage tout azimut vise en particulier les plus fidèles alliés des Etats-Unis, notamment Angela Merkel, chef du gouvernement de l’Allemagne.

C’est la première fois dans l’histoire qu’un État peut ainsi connaître le contenu de conversations de chefs d’État étranger sur leur territoire. Ce fait totalement nouveau va bouleverser les relations internationales. Quel peut être désormais le rapport de confiance entre les Etats-Unis et les autres, sachant que les services d’espionnage des Etats-Unis peuvent savoir tout ce que les interlocuteurs d’Obama ont dit avant de le rencontrer ?

À la crise économique et environnementale s’ajoute une autre, c’est la crise de confiance. Les États qui n’ont pas su créer les protections suffisantes contre les intrusions des pirates informatiques US sur leur réseau sont extrêmement vulnérables. Chaque téléphone mobile doté d’une caméra est donc un agent dormant susceptible d’être un espion récoltant des informations traitées par un agent des Etats-Unis opérant tranquillement dans un bureau à plusieurs milliers kilomètres de là. De quoi y regarder à deux fois avant d’investir dans un Smartphone fonctionnant avec des logiciels made in USA.

J.B.


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