Edito

La France est accusée d’ingérence à Madagascar

J.B. / 16 septembre 2013

L’ancien président de la République Malgache, Didier Ratsiraka, est sorti du silence après son éviction à la course à l’élection présidentielle du 25 octobre prochain. Après 2 heures d’une émission télévisée où il s’est livré à un tour complet de la politique de son pays, il a dénoncé la fragilité des solutions imposées de l’extérieur. En particulier, il a ciblé l’importance du rôle de la France. Si ses accusations sont fondées, alors la France ne peut pas rester silencieuse.

L’ancien président dénonce l’interventionnisme français dans les évènements qui ont secoué son pays en 2009. Il déclare qu’il a été approché, alors qu’il résidait à Paris, pour accompagner un coup d’État consistant à renverser Marc Ravalomanana. Il l’a refusé, mais a accepté une solution qui allait déboucher sur une transition concertée, conduite par Andry Rajoelina.

On se rappelle qu’à cette époque, Andry Rajoelina, maire d’Antananarivo, avait appelé à manifester après la saisie de ses émetteurs télé par le gouvernement Ravalomanana. Compte tenu du contexte social, les manifestations ont pris une tournure populaire, puis politique. Les choses se sont envenimées lorsque des affrontements ont eu lieu débouchant sur des morts. Lâché par l’armée, l’exécutif abdiqua, ouvrant la voie à une crise politique, longue et profonde, aux conséquences sociales et économiques désastreuses.

Durant toute cette période mouvante, de nombreux responsables malgaches ont dénoncé l’ingérence extérieure et réclamé une solution entre Malgaches. En particulier, sous l’égide des organisations ecclésiastiques FFKM, une réconciliation était en vue, portée symboliquement par les 4 derniers présidents : Didier Ratsiraka, Albert Zafy, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina. Madagascar avait besoin d’un signal fort.

Aujourd’hui, Ratsiraka accuse la France, sa politique néo-coloniale et la mainmise sur les richesses naturelles dont regorgent les îles situées dans le canal du Mozambique, revendiquées par Madagascar. Par exemple, il a récusé le récent partage effectué par la France et l’île Maurice sur la zone de Tromelin. D’après lui, si Madagascar a été exclu, c’est parce que le sous-sol dispose d’une réserve de gaz supérieure à celle du Qatar. Il rappelle que la zone est plus proche de son pays que des deux signataires.

À deux mois du sommet de la coopération régionale, de telles affirmations, si elles ne sont pas démenties, jettent la suspicion sur une volonté politique partagée entre tous les pays de conduire un avenir de co-développement et durable. La France doit s’expliquer sur sa politique bilatérale : quelles leçons a-t-elle tiré du massacre de 100.000 Malgaches en 1947 et de l’échec de l’occupation de la Sakay, dans les années 60, par les Réunionnais ?

Quant aux Réunionnais, justement, ils doivent proposer une politique d’égalité entre les peuples voisins. Nous devons être solidaires du gouvernement légal que nos voisins se sont librement donné, et ne jamais tenter d’orienter leur décision. L’instabilité, c’est aussi aux Comores. Plus que jamais, la France doit clarifier sa position après les faits d’ingérence évoqués par l’ancien président malgache.

J.B.


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