Edito

La grande pauvreté ou l’insolence de classe ?

J.B. / 18 octobre 2011

La journée mondiale consacrée au refus de la misère alimente de nombreuses initiatives portées par des institutions, des associations et de nombreux bénévoles. C’est un mouvement qui valorise le respect de la dignité humaine. Le pauvre est un humain, il a des droits.

Il est important d’attirer l’attention sur les pauvres et leurs vécus quotidiens. Il est tout aussi essentiel de montrer le système social qui produit la misère et la pauvreté. Bas les masques de la bonne conscience de la classe dominante !

A La Réunion, 65 ans après le vote de la loi du 19 mars 1946 qui consacre la fin du statut colonial et le début de l’intégration, 50% de nos compatriotes vivent encore sous le seuil de pauvreté nationale. Près d’un cinquième (18%) d’entre nous vit avec moins de 481 euros par mois. Les associations caritatives ainsi que les institutions publiques ne peuvent plus subvenir aux besoins des pauvres. Des opérations de distribution de nourriture sont régulièrement organisées qui viennent compléter l’effort des structures officielles.

Les inégalités et les injustices sociales ont atteint des niveaux qu’on ne trouve nulle part en France même.

Ainsi, l’écart qui mesure le plafond du premier décile (481 euros) et le minimum du dernier décile (2.520 euros) est de 5,2 à La Réunion quand il est de 3,3 en France. Comment, en un demi-siècle, l’abolition de la colonisation et le modèle d’intégration imposée ont-ils conduit à creuser un tel niveau d’inégalité entre les Réunionnais ?

Il est facile d’étudier la structure des éléments constitutifs du dernier décile dont le revenu mensuel est supérieur à 2.520 euros. C’est la couche supérieure de la pyramide des revenus qui engendre toutes les contradictions de notre société, et crée des injustices lourdes. Les 10% les plus pauvres de notre société, ceux qui ont moins de 481 euros mensuels, ne peuvent pas accéder au modèle de consommation que la couche supérieure impose. La pauvreté naît de l’impossibilité d’acquérir suffisamment de biens et services avec un revenu si modeste (15 euros par jour).

La grande pauvreté n’est pas un phénomène ex-nihilo, il est la résultante d’un modèle social qui a montré ses limites devant l’égoïsme de classe.

J.B.


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