Edito

La mémoire en alerte

Geoffroy Géraud-Legros / 26 avril 2011

Le 30 avril dernier disparaissait Aafifoudine Aboudou. Engagé dans une épreuve sportive comptant pour le baccalauréat, le jeune homme n’arriva jamais au bout du parcours, pourtant surveillé et balisé par les enseignants, situé sur la commune de La Possession. Quelques jours plus tard, le corps sans vie du lycéen était retrouvé au bas d’une falaise. Rien, depuis, n’est venu éclairer les circonstances de ce tragique évènement. Nombreuses sont les questions qui demeurent en suspens : qu’a-t-il pu arriver à un jeune garçon connu comme très sportif, classé bon élève, qui avait annoncé son intention de « remporter l’épreuve », et qui, de ce fait, avait auparavant exploré le sentier ? Comment expliquer la présence de son bonnet et de ses écouteurs en haut de la falaise ? Les investigations et la conduite de l’enquête n’ont pas apporté de précisions sur ces points. Pour comprendre le drame, des membres de la famille et des citoyens mettaient en place l’association AVJA (Association Vérité et Justice pour Aafifoudine). Outre de nombreuses manifestations, celle-ci fut à l’origine d’une marche blanche qui, il y a un peu moins d’une année, parcourut la distance comprise entre le domicile du jeune homme et son lycée. Digne et grave, le cortège montrait aussi la solidarité née du cœur des Réunionnais de toutes origines et de tous horizons. Un camouflet infligé par des citoyens capables de solidarité spontanée envers une famille inconnue, à ceux qui tiennent pour évidentes les divisions et les clivages culturels au sein de notre peuple. Pacifiques, volontiers silencieuses, les mobilisations à la mémoire d’Aafifoudine Aboudou exigeaient aussi la justice. Une justice qui n’avait pas toujours été au rendez-vous au départ de l’enquête, lorsque les forces de l’ordre avaient fait irruption au domicile des parents du lycéen, menaçant ces derniers de frais exorbitants s’ils demandaient l’intervention d’un hélicoptère et doutant ostensiblement, sans raison valable, de la réalité de la disparition. La suite de la procédure a montré en revanche un engagement sans faille des gendarmes sur les lieux de la tragédie. Il n’empêche : nombre de Réunionnais, de ceux que l’ordre social voit comme des « petits » se sont reconnus dans les difficultés rencontrées par la famille Aboudou.

Un an plus tard, les faits ne sont toujours pas éclaircis. L’AVJA, qui n’a jamais renoncé à son combat, appelle à une série de commémorations et de manifestations. Le 29 avril, une plaque sera inaugurée au Lycée Léon de Lépervanche du Port. Le 1er mai, une marche blanche se déroulera. À nous de nous y rendre nombreux, la mémoire en alerte.

 GGL 


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