Edito

"La musique partout et le concert nulle part" : dérive politicienne d’une idée généreuse.

J.B. / 19 juin 2013

Cette année, le 21 juin, date retenue pour célébrer la musique, tombe un vendredi. Toutes les communes de La Réunion vont profiter du week-end pour programmer trois jours de concerts de musique. Dans la plupart des cas, les manifestations seront publiques et gratuites. La proximité des élections municipales, dans 9 mois, va encore renforcer la municipalisation de cette journée historique et la vider de ses objectifs visant la démocratisation de la pratique de la musique.

Officiellement : « La Fête de la Musique a été créée en 1982 par le ministère de la Culture. Quand Maurice Fleuret devient Directeur de la Musique et de la Danse en octobre 1981, à la demande de Jack Lang, il applique ses réflexions sur la pratique musicale et son évolution : " la musique partout et le concert nulle part ". Découvrant en 1982, à l’occasion d’une étude sur les pratiques culturelles des Français, que cinq millions de personnes dont un jeune sur deux, jouent d’un instrument de musique, il se prend à rêver de faire descendre les gens dans la rue.

Et c’est ainsi, en quelques semaines, que Jack Lang, ministre de la Culture, décide de lancer la première Fête de la Musique, le 21 juin 1982 , jour du solstice d’été, nuit païenne se référant à l’ancienne tradition des fêtes de la Saint-Jean.

«  Faites de la musique, Fête de la Musique » , la formule devenue mot d’ordre n’avait rien du slogan. Cette mobilisation des musiciens professionnels et amateurs, cette attention nouvelle portée à tous les genres musicaux, devenaient ainsi, à travers la réussite immédiate d’une manifestation populaire et largement spontanée, la traduction d’une politique qui entendait accorder leur place aux pratiques amateurs ainsi qu’au rock, au jazz, à la chanson et aux musiques traditionnelles, aux côtés des musiques dites sérieuses ou savantes. »

Ainsi, en quelques semaines, «  Faites de la musique » a fait descendre dans la rue une masse joyeuse de populations de toutes origines et conditions sociales, question de « tâter » un instrument de musique. C’était une grande rencontre citoyenne. Et, surtout, créatif, participatif et inventif.

Au fil du temps, l’esprit de la récupération politicienne a fini par noyauter le mouvement spontané et créatif pour laisser la place à une débauche de « concerts » aux dépenses somptuaires où les élus se donnent en spectacle, loin du slogan originel et officiel "la musique partout et le concert nulle part". L’avènement de la parité ou l’arrivée de nouveaux élus ont accéléré la dérive de déresponsabilisation des Réunionnaises et des Réunionnais. Bonne fête malgré tout et « faites » pour le mieux.

J.B.


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