Edito

La nécessité d’augmenter le prix de la canne à sucre

J.B. / 22 mai 2017

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Hier, les planteurs ont de nouveau manifesté leur inquiétude lors d’une conférence de presse de la CGPER. À moins de deux mois du début de la coupe, les discussions sont arrêtées. Le prix de la canne à sucre payé par l’usinier au planteur n’a pas bougé depuis plus de 20 ans, il est de 39,09 euros par tonne. Les planteurs revendiquent 45 euros. Pour leur part, les industriels affirment que les revenus des livreurs de canne ont augmenté de plus de 20 % en 6 ans.

Il est à noter que l’affirmation des usiniers ne peut s’appliquer qu’aux planteurs qui survivent encore aujourd’hui. En effet, le maintien du prix de la canne a pour but de pousser les planteurs à battre des records de productivité. Ceux qui n’arrivent pas à suivre sont éliminés. Depuis la restructuration de la filière canne-sucre en 1969, qui a fait du planteur un livreur de matière première, le nombre des planteurs est en chute libre. Ils étaient près de 25.000 à cette époque, ils sont moins de 4.000 aujourd’hui. Autrement dit, nombreux sont les planteurs qui ont vu leurs revenus baisser considérablement, car ils ont dû abandonner la culture de la canne à sucre.

La filière canne-sucre arrive aujourd’hui à ses limites de productivité. Des planteurs battent des records avec des rendements supérieurs à 150 tonnes par hectare en zone irriguée. Mais dans l’extraction de sucre, ce n’est pas la même hausse. Les recherches dans ce domaine arrivent en effet aux limites physiques de la plante. Ainsi, à poids égal, une tonne de canne ne peut donner autant de sucre qu’une tonne de betteraves. La manière la plus sûre d’augmenter les revenus tirés du sucre serait alors d’augmenter les superficies cultivées. Mais ce n’est pas la tendance à La Réunion. En effet, l’aide supplémentaire de 38 millions d’euros de l’État autorisée par la Commission européenne s’appuie sur le fait que la production de sucre n’augmentera pas à La Réunion, en Guadeloupe et en Martinique par l’extension des exploitations cannières.

Dans ces conditions, les planteurs vont continuer à subir de plein fouet la hausse des prix des intrants, alors qu’ils ont épuisé les marges de manœuvre dans la productivité. Si la sauvegarde de l’emploi et des exploitations agricoles est la priorité, alors il est urgent d’augmenter le prix de la canne à sucre. Tout statu quo dans ce domaine ne pourra qu’aboutir à la poursuite de la diminution du nombre de livreurs de cannes.

J.B.