Edito

La peur du jeune

Geoffroy Géraud-Legros / 21 février 2011

C’est lorsque la jeunesse ne crie plus sa révolte, écrivait le poète, que le monde se met à trembler. Le monde, alors, peut se rassurer : sur tous les continents, les jeunes ruent dans les brancards de sociétés qui les briment, les bloquent, leur interdisent d’exister. En Égypte, en Tunisie, mais aussi en France, la jeunesse exige le départ de ceux qui incarnent des systèmes dont les valeurs sont à l’inverse des siennes. Car les dominants d’aujourd’hui —fussent-ils des « jeunes » physiologiques ou autoproclamés — ne le savent peut-être pas tous encore : l’effondrement de leurs bourses, de leurs profits, de leurs banques, allié la certitude que leurs usines, leur pétrole, leurs centrales, ruinent l’avenir, tout cela a fait, d’un coup, prendre 1.000 ans à leur monde.

Le masque de « modernité » dont était parvenu à se parer l’archaïque brutalité de l’exploitation de l’homme par l’homme, de l’écrasement de l’individu par l’arbitraire de l’entreprise et de son endoctrinement permanent, glisse chaque jour un peu plus.
A de nombreux héritiers du monde de demain, le monde, le vrai, apparaît tel qu’il est, et non tel qu’il est vendu depuis trente ans par les médias, les innombrables essayistes du prêt-à-penser, les programmes scolaires.

Non, la mondialisation n’a pas enrichi les peuples : elle les a dépouillés au profit d’une classe de profiteurs qui n’ont ni foi, ni loi, ni feu, ni lieu. Non, la course au profit n’a pas généré le bien-être pour la majorité des êtres : elle a fait du Sud une gigantesque banlieue crève-la-faim Au Nord, elle a déclassé les héritiers de décennies de luttes sociales ; elle met en danger tous les équilibres environnementaux nécessaires à la survie de l’humanité.
Non, la consommation à outrance n’a pas ouvert aux êtres humains de nouveaux les espaces de liberté promis : elle affame les corps et assèche les esprits.

Qu’on les appelle « quadras », « quinquas », ou qu’on leur accole l’un de ces néologismes dont les dernières décennies ont été friandes jusqu’à l’écœurement, les prêtres de l’ordre ancien se démènent plus que jamais, pour octroyer plus de liberté à l’argent et imposer plus de contraintes au plus grand nombre. Sans doute parce qu’ils croient encore en leur vieux monde ; surtout parce qu’ils sentent que la jeunesse pourrait en écrouler les murailles.
Partout, le jeune effraie ceux qui détiennent le pouvoir. « Racaille », « voyous », « hooligans »… en France, dans le Maghreb, partout les dominants couvrent d’injures les jeunes de « leurs » pays. À La Réunion, une députée non élue prend la parole exprès pour stigmatiser la prétendue « paresse » de notre jeunesse avec, en prime, des relents de racisme.

Le jeune, c’est aussi plus que jamais le suspect numéro 1 : vexations, contrôles à répétitions, brutalités en France et à La Réunion contre les jeunes des quartiers pauvres. Répression, à l’encontre de ceux qui contestent l’injustice politique, dont l’arrestation et la garde à vue arbitraire d’Alexis Chaussalet sont les dernières manifestations en date.
Alexis, demain, des jeunes de ton âge et des jeunes dans leurs idées manifesteront devant ton lycée pour te dire : tiens bon, continue le combat. Et ils te diront à voix claire ces mots qu’on scandé pour la frime certaines des momies qui nous gouvernent, du temps qu’ils se croyaient jeunes : "cours, camarade, le vieux monde est derrière toi".

G.G.-L


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