Edito

« La philosophie, une école de la liberté »

LB / 19 juin 2010

Neuf mois d’enseignement de “philo” pour les élèves qui arrivent en classe terminale — avec quelques heures de cours et d’exercices par semaine —, des révisions et puis une matinée pour rédiger une dissertation au Bac : voilà à peu près à quoi se réduit essentiellement la pratique de la philosophie dans nos vies. Et en dehors de cela, cette science humaine a relativement peu de place dans notre système éducatif, comme dans les médias et la société en général.
Nos confrères ont consacré plusieurs pages hier à l’épreuve philosophique passée la veille par 7.545 candidat(e)s au Baccalauréat à La Réunion, avec notamment des analyses des différents sujets — ce qui est très bien — mais ensuite, généralement, on passe à autre chose, de moins important. D’où la question : comment se fait-il que la pratique de la philosophie (qui signifie étymologiquement : “l’amour de la sagesse”) ne soit pas très courante dans nos existences, dominées en grande partie par l’irrationalité et le non-sens ?

La réponse pourrait être tout d’abord le fait que la philosophie est souvent perçue par la population comme une affaire compliquée, voire incompréhensible, une sorte de gymnastique intellectuelle réservée à une élite. Il y a aussi le fait que la réflexion pour analyser la réalité et la transformer, la connaissance des grandes pensées humaines (y compris celles de nos ancêtres) et la culture de l’esprit critique ne font vraiment pas partie des priorités des classes sociales dominantes.
Pour les tenants de l’idéologie dominante, il vaut mieux cultiver la résignation, le fatalisme, le “chacun pour soi” et le conservatisme, plutôt que le dialogue pour créer un vivre ensemble solidaire. Selon ces maîtres de nos sociétés, il vaut donc mieux mettre la philosophie de côté, surtout si elle a un contenu jugé « subversif ».

Il se trouve qu’une instance internationale prestigieuse comme l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture) a fait de l’enseignement et de la promotion de la philosophie partout dans le monde, dès l’école primaire, une des grandes causes de l’humanité. Dans un livre publié en 2007 sous le titre “La philosophie, une école de la liberté”, son directeur général, Koïchiro Matsuura, souligne que cette pratique est à démocratiser car elle a « un rôle dans la prise de conscience des problèmes fondamentaux et dans l’émergence d’une réflexion argumentée sur l’avenir de la condition humaine ».
Au moment où le système politique, éducatif et médiatique entretient l’ignorance et la sous-estimation des défis à relever dans notre île, allons donc toujours plus et mieux philosopher en Réunionnais. C’est ainsi, entre autres, que nous pourrons bâtir un société plus libre et plus juste dans notre pays.

L. B.



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Messages






  • A propos de l’édito du 16 juin concernant l’ARAST, je n’ai pas apprécié le membre de phrase << une syndicaliste UMP promue dans le fromage de la Région>>
    Pour le quidam que je suis , je n’ai jamais accepté que les Conseillers Régionaux et en premier lieu, Mr Paul VERGES étaient installés dans un fromage ce qui justifierait en plus , l’ accusation :<< que les élus sont tous des RATS >>.
    Merci d’être plus circonspect quand il s’agit des femmes et des hommes qui ont à leur charge des responsabilités dans les collectivités. Merci encore

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