Edito

La qualité la mieux partagée

J.B. / 8 décembre 2010

À en croire Nicolas Sarkozy, c’est Noël avant l’heure. Parti en Inde en grande fanfare de "Com’", le président de la République prétend en être revenu avec 15 milliards de contrats signés pour les entreprises françaises. Pas terrible, peut-on penser, pour un chef d’État qui préside depuis peu le G20, de se comporter en marchand de canons.
Pas terrible, mais, dira-t-on, pas nouveau. À l’approche d’élections cantonales qui s’annoncent calamiteuses pour son parti, le locataire de l’Élysée nous refait le coup du président, bon VRP de l’industrie nationale, vendeur d’avions de combat et de nucléaire. Classique. Comme rien ne va plus en France, autant faire croire que dans les relations avec les autres, on arrive à s’en sortir. Les citoyens sont priés de se réjouir, et de croire que les milliards que vont engranger Areva et Dassault vont faire bouillir la marmite.

Problème : le son de cloche n’est pas vraiment le même du côté indien. En parcourant la presse de la plus grande démocratie parlementaire du monde, on apprend que rien n’a été signé, à part des « accords-cadres ». En clair : pour l’instant, l’argent annoncé n’est pas sur la table. Le procédé étonnera peut-être les Français de l’Hexagone. Il ne surprendra pas les Réunionnais, qui, depuis mars derniers, entendent l’UMP claironner des milliards acquis et un développement des réseaux internationaux qui demeurent virtuels.
Le protocole de Matignon retoqué par Didier Robert devait transformer des milliards en flotte de 2.000 bus reliant en site propre « chaque ville, chaque village, chaque écart » de notre pays. Les coûteux voyages à répétition en Australie, qui ont culminé avec le déplacement de plus de 140 personnes à Adélaïde, devaient rapporter à notre île des réseaux, des ressources, de la formation et de l’information, des capitaux.

Mais bien entendu, il n’y aura jamais ni site propre, ni 2.000 bus au GPL. Quant aux relations internationales, il n’y a sans doute qu’à La Réunion que les émissaires d’une institution et leurs journalistes prétendent avoir enregistré des succès considérables, après qu’on leur ait dit « non » en face et que le principal quotidien du pays d’accueil ait barré d’un triple « non » sa page de une, à l’issue de leur mission. Finalement, « l’absence de vision » que reproche l’"Hindustan Times" indien à M. Sarkozy, est sans doute la qualité la mieux partagée au sein de l’UMP, des deux côtés de la mer.

J.B.


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