Edito

La responsabilité des démolisseurs dans la grève du BTP

J.B. / 9 avril 2015

Mardi, l’Intersyndicale du BTP a annoncé son intention de lancer une grève illimitée à partir du lundi 13 avril pour faire aboutir ses revendications. Les syndicats et les patrons discutent de la revalorisation annuelle des salaires. Les patrons ne veulent pas d’augmentation, sur la base d’une inflation négative. Les syndicats demandent une hausse des salaires de 3 %. L’inflation n’est pas le seul critère, disent-ils. Des travailleurs du BTP seront présents ce matin devant la préfecture. Ils joindront leurs mots d’ordre à ceux des fonctionnaires qui se rassembleront pour protester contre l’application d’une politique d’austérité. Elle se traduit en particulier par le gel du point d’indice. Cela signifie que si un agent de la fonction publique n’a pas de promotion à l’ancienneté ou au mérite, alors son salaire ne change pas. Ce gel date de l’époque où Sarkozy était président de la République. L’alternance en France n’a pas entraîné d’évolution sur ce point, malgré les observations de la Cour des comptes.

La politique d’austérité a des répercussions sur les salaires des agents de la fonction publique. Elle touche aussi les collectivités. Là il n’est plus question de gel des subventions de l’État, mais carrément de baisse. Toutes les communes sont concernées. Elles doivent donc se débrouiller pour compenser le manque à gagner. Le 2 avril dernier, le Haut Conseil de la commande publique (HCCP) a rappelé que les collectivités et autres institutions publiques sont à l’origine de 90 % du chiffre d’affaires du BTP.
Les réunions préparatoires au HCCP du 2 avril ont souligné que le « premier enjeu est celui du financement ». Sont ainsi cités « la fragilité financière de certaines communes qui limite leur capacité de financement » « le délai de versement des subventions et les difficultés d’avance de trésorerie qui en découlent » « l’adoption d’un budget de transition dans de nombreuses collectivités » à cause du changement de maires lors des municipales, ainsi que « la fin du plan régional d’aide aux communes de la Région ».
Les difficultés financières des collectivités ont donc une influence directe sur le BTP.

L’appel à la grève de lundi montre une aggravation de la crise de ce secteur. Aux suppressions d’emplois et aux difficultés économiques s’ajoute désormais l’échec du dialogue social. Pour se faire entendre, les travailleurs sont contraints de menacer de cesser de travailler, avec tous les sacrifices que cela suppose. Les démolisseurs sont une fois de plus au pied du mur de leurs responsabilités. En effet, cela fait cinq ans que la Région n’a pas construit de lycée, et que le plan pluriannuel d’investissement est au point mort, où sont les nouvelles déviations à quatre voies ? Où est la modernisation promise de la RN3 entre Saint-Benoît et Le Tampon. C’est du jamais vu dans l’histoire de la collectivité. Une dynamique lancée depuis la décentralisation de 1983 a été cassée. Elle avait culminé entre 2004 et 2010 avec les chantiers de la route des Tamarins, du boulevard Sud, de la déviation de Grand-Bois, et les lancements des travaux du tram-train et du pont de la rivière Saint-Etienne, sans oublier les lycées sortis de terre et le Campus professionnel de Saint-Pierre. Si la dynamique avait pu être maintenue, alors l’impact de la baisse des dotations de l’État aurait pu être compensé. Mais aujourd’hui, il ne reste qu’une illusion qui ne tardera pas à s’effondrer : la route en mer.


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