Edito

La sale guerre a encore tué

Geoffroy Géraud-Legros / 22 avril 2011

Alexandre Rivière, 23 ans, a trouvé la mort avant-hier sur le sol afghan, à la suite de l’explosion d’un engin dit « improvisé ». Il effectuait une mission dans l’Est du pays. Son décès porte à quatre le nombre de nos compatriotes tombés sur le front d’une guerre qui ne cesse de s’enliser. Face à pareil drame, le premier geste est évidemment celui de la solidarité et de la compassion envers cette famille réunionnaise endeuillée.

Mais comment ne pas déplorer, aussi, que ce jeune homme, dont tous les témoignages disent la chaleur, la gentillesse et la bonté, soit mort dans un pays qui n’est pas le sien, au cours d’une guerre qui, on le voit chaque jour un peu plus, n’est pas la nôtre ?

Que faisons-nous en Afghanistan ? Cette question, les citoyens sont de plus en plus nombreux à se la poser. Le conflit, on le sait, a débuté à la suite de la tragédie du 11 Septembre. Les États-Unis d’Amérique entendaient réprimer les auteurs de l’attentat contre les deux tours du World Trade Center ; l’opération était légale au regard du droit international. Elle a associé d’autres nations, sans pouvoir néanmoins briser l’emprise des Talibans. Par glissements successifs, elle tourne à l’occupation, amenant dans son sillage la corruption, la fraude électorale, les injustices, les « bavures ». Un contexte qui rend les opérations de moins en moins sûres, et détache chaque jour un peu plus le peuple afghan de l’espoir de voir reculer les maux qui l’accablent. Aux attentats qui se multiplient répond l’accroissement des « dommages collatéraux », contre lesquels tonne vainement un président mal élu. La guerre devait éradiquer le trafic d’héroïne : il n’a jamais été si florissant.

Et que dire des États présents, qui semblent plus intéressés par des enjeux géopolitiques que par le redressement et le développement du pays ? Que dire des jeux tortueux des alliances, où des États censés être partenaires se trahissent les uns les autres, comme le montrent les câbles révélés par Wikileaks ? Cette part d’ombre du conflit, qui finit par en faire une sale guerre, valait-elle la mort de quatre de nos jeunes ?

G.G.-L.


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