Edito

Le 1er monde de l’indifférence

LB / 9 juillet 2010

« Le pic est atteint », « du jamais vu »… ce sont les mots utilisés avant-hier dans le rapport annuel de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), qui regroupe la trentaine d’Etats dits “les plus développés”, pour attirer l’attention sur la gravité de la crise de l’emploi dans ces pays. En effet, le chômage dans l’OCDE a atteint son « plus haut niveau » depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec un taux de 8,3% de la population active, et le responsable de l’organisation se dit « préoccupé par le risque que le chômage prenne un caractère structurel ».
Mais que devrions-nous dire alors de la situation à La Réunion, où le nombre de personnes privées du droit à l’emploi dépasse les 30% depuis des années et où, de ce fait, le chômage est inscrit dans les structures socio-économiques et politiques. Et le pire, c’est qu’avec les décisions gouvernementales, l’arrivée de milliers de nouveaux jeunes sur le marché de l’emploi, etc, les alertes rouges vont se multiplier.

Or, alors que tout cela est connu, il y a un refus des décideurs à La Réunion de prendre en compte cette réalité très grave, ils sont totalement indifférents à cette situation, qui se traduit par de nombreux drames quotidiens. Il y a vraiment une rupture entre le “1er monde” qui s’empiffre et le “2ème monde” qui souffre.
Pourtant, il y a des organisations syndicales, politiques et associatives qui parlent de ces problèmes et proposent des solutions globales, cohérentes, à court comme à plus long terme. Mardi dernier encore à Strasbourg et hier au siège de l’Alliance à Saint-Denis, respectivement Elie Hoarau et Paul Vergès ont tiré la sonnette d’alarme sur la crise vécue par la majorité des Réunionnais et exprimé des propositions pour y faire face.

Pendant ce temps, de quoi se préoccupent ceux qui détiennent le pouvoir politique, administratif, médiatique et socio-économique ? Ils se nourrissent de leurs propres turpitudes, cherchent à accumuler toujours plus d’avantages par rapport aux autres, mais ne s’occupent surtout pas des chômeurs, des mal-logés et autres abandonnés, car ils savent qu’il faudrait tout changer et qu’il vaut donc mieux ne pas en parler et ne rien faire.
Cette absence d’indignation à La Réunion devant la violence sociale qui frappe les plus pauvres a quelque chose de criminel. C’est la logique mortifère du premier monde de l’indifférence.

L. B.


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