Edito

Le club des gentlemen électriciens

Geoffroy Géraud-Legros / 14 janvier 2011

L’une des idées les plus ancrées dans les consciences — et sans doute l’une des plus rabâchées, ceci expliquant cela — est qu’il existe une frontière nette entre le public et le privé, l’État et le "monde de l’entreprise", le capital et l’intérêt général. Ce schéma sert d’ailleurs à des fins de propagande, lorsqu’il s’agit pour les faiseurs d’opinions de totocher les fonctionnaires. Un refrain ressassé jusqu’à l’écoeurement, qui oppose les tares supposées de la fonction publique — inefficacité, archaïsme et sous nos cieux, parasitisme via la sur-rémunération de ses agents — aux vertus non moins supposées du « privé ».

Le but est, bien évidemment, de monter les travailleurs les uns contre les autres. Au-dessus de cette mêlée sciemment organisée et entretenue, les relations entre acteurs du "public" et du "privé" sont bien plus courtoises et même, parfois, solidaires. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un œil à l’interview courroucée de Patrick Bressot, directeur régional d’EDF. Difficile, à la lecture des réponses adressées à notre confrère le "JIR", de déterminer si M. Bressot parle en tant que représentant d’une entreprise qui est encore plus ou moins publique, ou en tant que PDG de la Séchilienne Sidec. Car à la première question, adressée au dirigeant d’EDF, il répond par un avis tranché sur la requête déposée par… la Séchilienne auprès du Conseil d’État, affirmant avec une fermeté recherchée « qu’on ne négocie pas avec une loi ».
Notons au passage que, la "loi" stipulant en l’occurrence que les travailleurs ont droit à un sursalaire, M. Bressot pourrait commencer par s’appliquer à lui-même sa rectitude, et verser leur dû aux travailleurs "sans négocier la loi".

Mais s’il appuie la "négociation de la loi" par la Séchilienne devant le Conseil d’État, c’est que les deux firmes ont des rapports qui vont au-delà de la bonne entente entre gentlemen de l’électricité. EDF, en effet, est le seul client de la Séchilienne Sidec. Ce qui fait des deux entreprises les seules du marché, et quand deux opérateurs ont un lien de proximité aussi prononcé, cela a tout de même des allures de cartel… Ou, s’il faut éviter les mots qui fâchent, de monopole de fait. Ceux qui croient aux vertus du libéralisme et de la confrontation des bienfaits de l’entreprise mondialisée aux vices du secteur étatisé en seront (c’est le cas de le dire) pour leurs frais. La Séchilienne aux mains d’un fonds de pension américain et l’ancien monopole d’État s’entendent très bien, merci… Pas sûr que ce soit au profit des Réunionnais, qui ne peuvent, eux, "négocier" les prix.

G.G.-L.



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Messages






  • ça sent la grosse magouille tout ça.
    quand on voit qu’il n’hésite pas à saisir le préfet pour maintenir des contrats d’achat, on peut se poser des questions sur l’avenir énergétique de notre île. Surtout avec une entreprise qui a le monopole et qui dans l’avenir sera de plus en plus présente. Aujourd’hui la Réunion est la seule des DOM ou la production est passée à plus de 50 %. En Martinique, Guyanne, Guadeloupe, ils ne se laissent pas faire, les contrats sont plus facile à faire passer ici parceque "le réunionais est un petit mouton"(du fait de cette culture d’esclave !!) contrairement aux autres DOM.
    Bref arrête prend de nmou pou couillon !!

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