Edito

Le combat continue

Geoffroy Géraud-Legros / 25 octobre 2010

Vendredi, par 177 voix sur les 330 suffrages exprimés, le Sénat adoptait le projet de « réforme » des retraites. Hier, Raymond Soubie, proche conseiller « social » de Nicolas Sarkozy, a annoncé la promulgation du texte pour le 15 novembre. Face à un désaveu évident, le gouvernement UMP persiste donc à prendre la population en otage ; ses membres ne font même plus mine de vouloir expliquer leur projet.
Comment le pourraient-ils ? Chaque ligne de cette prétendue réforme est un scandale. Chaque acte pris par le gouvernement pour l’imposer est un scandale. Scandale, la ruine programmée de la jeunesse, la spoliation des anciens et la condamnation des travailleurs soumis à des travaux dangereux et pénibles.
Scandale, le profil de ceux qui portent le projet : Éric Woerth, immergé jusqu’au cou dans les histoires sans fin de l’affaire Bettencourt. Raymond Soubie, conseiller dont toute la vocation sociale consiste à faire de l’argent avec les licenciements, par le biais d’« Altedia », son cabinet de ressources humaines.
Scandale permanent, la proximité plus affichée encore avec les puissances d’argent par Nicolas Sarkozy. Il y a trois ans, il s’en allait à peine élu se dorer la pilule sur le yacht d’un dalon milliardaire, montrant ouvertement qui étaient les vrais patrons.
Et c’est bien au profit d’une oligarchie — et d’elle seule — que la casse sociale est imposée par un chef de l’État qui est avant tout, selon les termes d’un sociologue de renom, le « Président des riches ». En plus d’imposer un temps de travail plus long, la loi Woerth-Sarkozy est l’une des multiples mesures prises par ce gouvernement — et d’autres avant lui — pour transférer les biens publics dans les mains d’intérêts privés. Il suffit pour s’en convaincre, de jeter un œil au document pondu par le Conseil d’orientation des retraites (COR) en amont de la « réforme ». Selon les conclusions du COR, même dans le cas — absurde — d’un prolongement de la durée du temps de travail jusqu’à 70 ans, le système serait encore déficitaire.
Comme il n’est pas question pour ces « experts » de prendre l’argent là où il est, c’est-à-dire chez ceux qui accumulent des profits gigantesques en vivant du travail des autres, le rapport conclut à la privatisation du système de retraite.
La mobilisation d’aujourd’hui va dès lors bien au-delà de la défense des droits sociaux dans le cadre de la relation de travail. Elle est un nouvel épisode de la lutte qui oppose la dignité à l’exploitation, la citoyenneté à l’arbitraire, le Travail au Capital. Des chambres de godillots peuvent bien approuver les projets de Nicolas Sarkozy : le combat est juste, et il continue.

G.G.-L.


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