Edito

« Le combat désespéré des insurgés… » ?

J.B. / 16 août 2011

Le chef de l’État a adressé un message de condoléances à la famille du lieutenant tué en Afghanistan ce week-end dans lequel il souligne que l’officier a été touché par le tir d’un « insurgé isolé ». Il précise également que « ces opérations récentes, bien que meurtrières, n’entament pas la résolution de la France ». Selon lui, elles « traduisent l’intensité de combats désespérés des insurgés… ». Désespéré, dit-il ?

Ce décès intervient au lendemain de l’annonce de la perte d’un caporal-chef d’origine comorienne, quelques jours après la disparition de 2 légionnaires. A ce moment-là, nous écrivions que c’était le 73ème décès en 10 ans, mais le 21ème pour la seule année 2011, et que l’année n’était pas finie. Hélas ! La liste vient de s’allonger à 74.

Devant cette progression de soldats français tués, comment le chef de l’État peut-il déclarer que c’est le résultat de « combats désespérés des insurgés » ? Pour illustrer la contradiction, il suffit de se rappeler qu’un hélicoptère américain s’est écrasé avec une trentaine de personnes à bord. C’était le 6 août dernier. Une dizaine de jours à peine. L’engin avait été touché par un tir des « insurgés ». Enfin, le compteur relève plus de 2.000 soldats étrangers tués depuis l’engagement de l’OTAN dans ce pays. En face d’une des plus grandes concentrations de puissances militaires de la planète, n’est-il pas un peu léger de parler de « combats désespérés des insurgés » ?

Cependant, les médias ont rapporté certains propos véhiculés sur le pont Alexandre III lors de la cérémonie d’hommage aux 2 légionnaires tués. Des participants s’interrogeaient : « qu’est-ce que qu’on fait là-bas » ? Les débats ouverts après la disparition d’un officier qui laissera derrière lui 3 enfants et une veuve ne feront que renforcer le sentiment général sur l’issue de cette guerre.

Le retrait déjà effectué par certains pays ainsi que l’annonce faite par plusieurs autres de se retirer à brève échéance vont accentuer le sentiment de victoire des « insurgés ». N’oublions pas que la France a décidé de retirer l’année prochaine 1.000 soldats sur 4.000 engagés en Afghanistan.
Dans cette guerre d’inégale puissance, pas sûr que les « désespérés » se trouvent dans la direction désignée par Nicolas Sarkozy.

J.B.


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