Edito

Le contenant et le contenu

Geoffroy Géraud-Legros / 9 juin 2011

Ainsi, la Région aurait enfin décidé de s’occuper de notre Culture. Vous l’avez lu dans la presse, entendu sur les ondes et à la télévision. “Témoignages” a apporté un éclairage critique sur les mesures envisagées par la pyramide inversée, qui annonce un investissement massif dans une infrastructure muséale (Stella Matutina) et dans la Maison du Volcan. Au compteur : 46 millions d’euros pour la première, 11 millions pour la seconde. Des sommes considérables, dont l’emploi ne semble pas, pour ce que l’on en sait, être affecté à un programme scientifique défini. La majorité, en effet, est plus qu’évasive quant au contenu réel des grandes transformations qui vont, à l’en croire, être apportées à Stella. Des sujets sur lesquels M. Sita, vice-président chargé de la Culture, reste dans le flou. Et dont parle encore moins M. Yannick Gironcel, « tinèr gro loto » autrefois grand amateur de caméras, devenu fort discret depuis qu’il a été nommé à la tête du Musée Stella Matutina à la place de “Jo” Payet, anthropologue.

On se demande d’ailleurs, en passant, selon quels critères les responsables de la Région évaluent les diplômes. On se souvient qu’au cours de la campagne régionale, ces derniers affectaient de tenir pour rien les titres universitaires de Françoise Vergès, chargée de la Maison des civilisations et le l’unité réunionnaise (MCUR)... pourtant docteure en Science politique de l’Université de Berkeley (USA), établissement classé troisième au monde par la nomenclature en vigueur, dite « de Shanghai ». Outre son parcours, Mme Vergès est aussi connue pour ses travaux universitaires. Ce qui n’est pas vraiment le cas de M. Gironcel, dont les seules communications connues se limitent à avoir “fait le tas” derrière un pupitre, au côté de Fabienne Couapel-Sauret. C’était le temps où cette dernière “marchait” avec Jean-Paul Virapoullé, pour le compte duquel elle animait une sorte d’institut plus ou moins bidon nommé TVA, prétendument dévoué à l’étude des politiques fiscales. Au nom des contribuables, Mme Couapel-Sauret attaquait justement le projet MCUR, qu’elle jugeait, en substance, trop coûteux pour les finances régionales. Une sollicitude pour notre portefeuille qui, il faut bien l’avouer, a fondu comme neige au soleil après l’élection de l’ancienne “plume” de M. Virapoullé sous la bannière de Didier Robert. On n’a pas entendu Mme Couapel-Sauret sur le chapitre actuel des dépenses culturelles de la Région.

Pourtant, il y aurait de quoi dire : pour un montant égal à celui de la MCUR, le programme de dépenses ne propose pas grand-chose de plus que quelques coups de peinture… et envisage surtout de donner plus de 10 millions d’euros à des cabinets d’études. Même silence assourdissant chez les autres grands défenseurs autoproclamés des contribuables. Ni Antoine Franco, pourtant à la tête de multiples groupuscules poujadistes, ni Josette Brosse et son collectif de contribuables en peau de lapin ne pipent mot. Il faut croire, finalement, que c’était moins le contenant — qui était aussi un musée — que le contenu, dédié à l’identité réunionnaise, qui dérangeait tout ce petit monde. Que ces gens-là se rassurent : le discours tenu hier sur France Inter par l’arroseur de Stella, Didier Robert, et sa fidèle assistante, Jacqueline Farreyrol, est du sur mesure pour les oreilles des Couapel-Sauret, Brosse et tous les blanchisseurs de la Culture des autres. Pour le président de la Région, notre langue est un patois rigolo, qu’on apprend à la naissance, et donc qu’il ne sert à rien de développer ; le combat pour la langue et la culture réunionnaises est « un combat d’arrière-garde ». En clair : les sommes considérables débloquées par la Région serviront, une fois encore, à faire du folklore… nom poli que l’on peut donner à la pantomime dégradante à laquelle se livrent les laquais d’ici, pour plaire à leurs maîtres de là-bas.

G.G.-L.


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