Edito

Le danger des marchands d’illusions

J.B. / 28 mai 2016

À mesure que la campagne de l’élection présidentielle va se rapprocher, La Réunion connaîtra le passage plus fréquent de différents candidats à la succession de François Hollande. La période sera propice aux promesses, et l’expérience montre que des paroles aux actes, il existe un fossé qui peut se traduire par les milliers d’emplois supprimés.

Lors de la campagne de 2012, les différents candidats avaient pris des engagements très clairs. François Hollande avait même passé un contrat avec les Réunionnais. Il s’était engagé notamment à relancer le chantier du tram-train, celui des énergies renouvelables. Il affirmait aussi vouloir défendre le droit des Réunionnais à travailler au pays. À un an de la fin de son mandat, le compte est très loin. En effet, au lieu de soutenir la relance du tram-train, l’Etat a continué à donner les moyens à la Région Réunion de lancer un chantier de route en mer, financé grâce au transfert des crédits publics affectés pour la construction d’un chemin de fer à La Réunion. Ce gouvernement a également donné les dérogations nécessaires à la Région pour qu’elle puisse jeter des millions de tonnes de galets dans la mer malgré l’avis contraire du Conseil national pour la protection de la nature.

A Mayotte aussi les candidats ont fait des promesses. C’était sous la présidence de Nicolas Sarkozy qu’a eu lieu le changement de statut en département français. Cette décision a ouvert la voie au fol espoir que les habitants de Mayotte puissent avoir le même niveau de vie qu’en France, un des pays les plus riches du monde, d’ici 25 ans. Quand François Hollande lance le concept d’égalité réelle, c’est la même perspective. Cela fait pourtant 70 ans que La Réunion est un département français. Si justement François Hollande lance le chantier de l’égalité réelle atteignable en 25 ans, c’est bien parce qu’elle n’a pas été obtenue au bout de 70 ans de politiques d’intégration. Les conditions économiques étaient pourtant nettement plus favorables qu’aujourd’hui. La France avait bénéficié de la croissance économique des Trente Glorieuses, elle était en situation de plein emploi mais en cette période d’abondance, aucun gouvernement n’a jamais donné les moyens pour construire le développement de La Réunion. Actuellement, l’Europe est touchée par sa plus grave crise économique depuis les années 1930. Comment croire que Mayotte puisse obtenir en 25 ans ce qui n’a pas été possible en 70 ans ?

Cela transforme la promesse de l’égalité en mirage et nourrit les frustrations. Ce sentiment se manifeste à Mayotte par une explosion sociale et la recherche de boucs-émissaires. Ce sont les plus pauvres qui sont visés, expulsés de leurs logements qui sont ensuite incendiés, et cela dans l’impunité. Il faut arrêter que les gouvernements qui se succèdent lancent des promesses intenables.

Hier encore, Nicolas Sarkozy a annoncé des mesures pour sauver la canne à sucre. Elles vont à l’encontre de la politique qu’il a menée pendant 10 ans en tant que membre du gouvernement puis président de la République.

La gravité de la situation à Mayotte montre le danger des marchands d’illusions.

J.B.


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