Edito

Le décès de M. Wu Jianmin : La Réunion ne doit pas perdre ses acquis

Ary Yée Chong Tchi Kan / 22 juin 2016

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Lors d’une visite à La Réunion en tant qu’ambassadeur de Chine en France, Wu Jianmin avait rencontré Paul Vergès

Pour la plupart des Réunionnais, la disparition de M. Wu Jianmin ne veut pas dire grand chose, sauf pour les associations culturelles chinoises qui ont publié un communiqué. Cependant, le PCR est probablement le seul parti politique réunionnais à lui rendre hommage en adressant un message de condoléances au Parti Communiste Chinois ainsi qu’à son épouse. Pourquoi ?

C’est une personnalité au parcours exceptionnel qui, à 77 ans, allait encore donner une Conférence à l’Université de Wu Han, quand la voiture qui le conduisait fit une embardée qui fut fatale, à lui et à un universitaire. Je ne vais pas infliger aux lecteurs de Témoignages une liste fastidieuse de ses titres et fonctions. Si, le monde entier a regretté sa disparition tragique, c’est déjà une marque d’excellence.

Tout jeune, il a servi d’interprète à ses illustres dirigeants, Mao et Chou En Lai, en particulier. Sitôt libéré du poste d’Ambassadeur de Chine à Paris, il est nommé à la tête de la prestigieuse école de formation des diplomates Chinois. Il sera aussi appelé à la rescousse quand les choses se gâtent avec le Japon. Plus d’un demi-siècle d’activisme diplomatique lui confère une grande autorité. Il est écouté et très sollicité.

La Réunion le découvre en 2003 lorsqu’il vient superviser l’accueil du Vice-premier ministre LI Lanqing qui a décidé de faire escale sur notre île avant sa visite officielle, en Afrique du Sud. Symboliquement, cette escale démontre le rôle de La Réunion sur un axe Afrique du Sud-Beijing. Plus largement, il reviendra en 2011 pour partager la réflexion sur la place de La Réunion comme interface entre l’Afrique et la Chine. Entre temps, le Consulat de Chine est en place.

Cette période d’ouverture de La Réunion sur la Chine se déroula en accéléré, sous la présidence de Paul Vergès, à la Région, qui avait décidé d’une politique de coopération tout azimut. L’Histoire retiendra que les actions vers l’Afrique, l’Inde et les pays de la COI étaient aussi intenses, multiples et multiformes. C’est dans ce contexte que Wu Jianmin découvre la coopération qui a été établie entre La Réunion et Tianjin. Il encouragea la démarche. Quelques mois après lui, le Premier ministre français Raffarin, venu en 2003 pour le vernissage d’une exposition sur les 20 ans de l’institution régionale, en avait fait de même. La France et la Chine encouragèrent les décisions d’une équipe régionale responsable. Aujourd’hui, c’est un ambassadeur nommé par le gouvernement qui chapeaute la coopération régionale décentralisée. La Réunion avance à reculons.

M. Wu Jianmin, comme beaucoup d’officiels Chinois, sont très sensibles au fait que Paul Vergès avait rencontré leurs dirigeants historiques, notamment Mao Tse Toung et Chou En Lai. Ils se rappellent de l’intervention du dirigeant du PCR qui avait souligné la nécessité de concentrer tous les efforts des Communistes du monde contre l’agression américaine au Vietnam au lieu de se perdre dans la division du mouvement communiste [1]. La vision historique et critique du dirigeant réunionnais ont toujours intéressé ses interlocuteurs chinois. De là était née une grande confiance et beaucoup de respect. Sachant que le Président du Conseil Régional Paul Verges faisait escale à Pékin, avant de se rendre à la municipalité de Tianjin, M. Wu Jianmin lui a offert un accueil chaleureux.

M. Wu Jianmin nous laisse une grande leçon d’humilité : La Réunion doit continuer à valoriser ses acquis et ses avancées sur le plan international.

Ary Yée Chong Tchi Kan

[1Un épisode rappelé dans l’ouvrage de Gilles Bojan, « Paul Vergès, l’immortel ».


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