Edito

Le double langage de Yann de Prince

Geoffroy Géraud-Legros / 6 janvier 2011

Au nombre des réactions provoquées par le mouvement social des centrales de Bois-Rouge et du Gol, la palme du ridicule revient sans conteste à Cyrille Hamilcaro. Soutien inconditionnel de Nicolas Sarkozy et du gouvernement, qui privatisent à tout va et semblent bien déterminés à brader tout ce qui ressemble à des biens publics, M. Hamilcaro n’en a pas moins demandé… « la nationalisation » de la production d’énergie. Seulement à La Réunion, précise-t-il, se souvenant sans doute qu’il est membre d’un parti dont la Direction se trouve à Paris, et dont le dirigeant, Hervé Morin, n’ira vraisemblablement pas à l’élection présidentiel avec un programme collectiviste. Mais que Paris se rassure : si l’ancien maire de Saint-Louis veut mettre une partie de l’industrie entre les mains de l’Etat, ce n’est pas pour contrer le pouvoir de ses amis actionnaires. C’est, affirme-t-il, pour « interdire le droit de grève ». Discours au demeurant peu surprenant : irrationnel, irréfléchi, inconséquent. Il n’y a pas de doute, c’est bien du Cyrille Hamilcaro.

Autre déclaration tonitruante : celle de Yann de Prince, patron du MEDEF. Dans un communiqué qui se veut cinglant, le PDG de Mobius use des grands classiques de la langue de bois patronale pour fustiger les salariés : « minoritaires », « irresponsables », etc. C’est beau comme du Ernest-Antoine Seillières, mais après tout, Yann de Prince est dans son rôle en jouant les pères Fouettard à l’encontre des syndicalistes, que son organisation n’a jamais manqué de qualifier de « privilégiés ». Une catégorie à laquelle Yann de Prince, lui, n’appartient sans doute pas, puisqu’il court après les plus petites subventions de la Région. On ne s’étonne même pas de voir le MEDEF se placer dans le champ des valeurs, après le spectacle donné par le déroulement des élections à la CCIR : après tout, les poutres sont plus visibles lorsqu’elles sont dans les yeux des autres. C’est humain.

Il est surprenant, en revanche, de lire M. de Prince tonner contre les revendications portant sur « l’augmentation de la sur-rémunération, dans un contexte national de rationalisation des budgets et alors que les entreprises de La Réunion se battent pour subsister et maintenir leurs emplois ». Allons bon. Où est donc passé le Yann de Prince qui, contre le président du MEDEF guadeloupéen, Willy Angèle, qualifiait il y a peu d’« idée perverse » la remise en cause de la sur-rémunération ? Coïncidence : alors que M. de Prince taclait son homologue antillais, le gouvernement lançait une diversion, niant contre toute évidence sa détermination à « raboter » et son hostilité envers fonctionnaires de l’Outremer. De là à croire que M. de Prince, dirigeant de la succursale patronale à La Réunion, lançait de son côté un écran de fumée pour plaire au pouvoir UMP, il n’y a qu’un pas aisé à franchir… surtout quand on connaît ses affinités avec Didier Robert, tenancier de la succursale locale du parti présidentiel.

G.G.-L.


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