Edito

Le fil d’Ariane

Geoffroy Géraud-Legros / 22 janvier 2011

Adopté en 1944, le programme du Conseil national de la Résistance ravivait, dans les ténèbres de la collaboration, la flamme de la République. Aux droits et libertés piétinés par Vichy, les rédacteurs du document ajoutaient une série de garanties fondamentales destinées à permettre aux hommes et aux femmes de vivre dans la dignité. Y figuraient notamment « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », une « organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général », « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ».

Les grandes réformes créatrices du socle républicain de la période comprise entre 1945 et la fin des années 50 ont concrétisé nombre de ces vœux de Résistance : ce fut la naissance des caisses de Sécurité sociale et du statut de la fonction publique, la constitution d’un secteur productif performant, les nationalisations, l’accès des syndicats à la représentation, la complémentaires de retraite…

Ce nouvel édifice social consacrait aussi la victoire d’un modèle idéologique, tendant à la solidarité et au partage des biens, sur le corporatisme autoritaire auxquels les Alliés et la Résistance avaient mis fin. Un système organisé, sur le plan économique, par la pression organisée des grandes entreprises sur le travail, l’absence de filets de sécurité, avec l’aide de la répression d’État.

Denis Kessler, numéro 2 du MEDEF, responsable d’une multinationale dans le domaine de la réassurance et idéologue du sarkozisme prend ouvertement pour cible le programme issu du mouvement de résistance, qu’il faut selon ses propres termes « défaire méthodiquement ». Il compte, pour cela, sur « l’action d’une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux ».
Cette « méthode » est bien le fil d’Ariane qui relie les multiples actions du gouvernement contre l’État social : des actes a priori aussi différents que les déremboursements des médicaments, les radiations de chômeurs, les fermeture de plannings familiaux, l’allongement de la durée des cotisations, l’abaissement du nombre d’enseignants malgré la hausse du nombre d’élèves, et aujourd’hui, la tentative de supprimer presque entièrement la fonction publique, poursuivent le même but : abolir la société créée par le travail des générations qui ont suivi la Libération… et laisser le champ libre aux « entrepreneurs politiques et sociaux ». Comprendre : à des individus tels qu’Éric Woerth, Nicolas Sarkozy et sa famille, et aux « féodalités économiques » dirigées par leurs amis, dont nos aînés rêvaient de se libérer.

Geoffroy Géraud-Legros


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