Edito

Le gouvernement est responsable de la dégradation du climat social

J.B. / 5 juin 2013

Hier, la situation s’est brusquement tendue à Saint-Pierre, à la CILAM. Les producteurs de lait étaient venus en découdre avec les travailleurs grévistes, sous l’œil intéressé de la Direction de l’usine qui joue la montre. Devant les risques de débordement, l’État a dépêché des forces de l’ordre. Heureusement, car on était à deux doigts d’un affrontement aux conséquences incalculables. Mais, si cela s’était produit, qui en aurait été responsable ?

Des élus et responsables politiques sont venus sur place se rendre compte de la réalité. Tous ont appelé au dialogue pour trouver une issue, rejoignant en cela la demande formulée par les grévistes que le Préfet nomme un médiateur. Probablement, ils ont gardé à l’esprit le dénouement du conflit à la SERMAT rendu possible à la suite de la nomination du médiateur Alix Séry.

On espère que les discussions vont mûrir et qu’on abordera la question de fond : va-t-on, oui ou non, tirer une bonne fois pour toutes les enseignements des derniers conflits sociaux et définir une ligne de conduite susceptible de traverser la crise en sauvegardant l’essentiel, c’est-à-dire la cohésion de la société ?

Tout d’abord, nous sommes au cœur d’une pénurie d’emplois sans précédent, générée par un régime politique totalement dépassé par les besoins. Dans ce contexte, le monde économique tire le maximum de profit en adaptant son mode d’organisation et en recrutant des personnes de plus en plus performantes. Les entreprises font des substantiels profits, car les Réunionnais dépensent près de 14 milliards d’euros chaque année. L’exemple de l’URCOOPA est significatif de la réussite des agriculteurs-coopérateurs. Mais en même temps, elle constitue de plus en plus des monopoles, préjudiciables aux consommateurs. On a vu l’épisode où la coopérative refusait de fournir un commerçant au motif qu’il vendait moins cher que les magasins du groupe ! En rachetant le groupe CILAM, l’URCOOPA a posé le grappin sur un fleuron de l’économie réunionnaise. Rappelons également qu’il va produire des aliments pour chats et chiens.

Tout ce modèle fonctionne bien jusqu’au moment où les travailleurs prennent conscience qu’ils ont été utilisés pour atteindre un bon niveau de productivité, mais qu’au final, le compte n’y est pas. Au lieu de valoriser les ressources humaines, pour ses performances indéniables, la Direction ne propose qu’une hausse de salaire dérisoire et préfère jouer la montre. Que représentent les 50 euros mensuels demandés par les travailleurs dans la comptabilité du conglomérat ? Surtout que Carrefour n’a pas hésité à déjà donner plus de 5% d’augmentation aux agents du magasin de Sainte-Suzanne... Pour montrer que c’est possible.

Le gouvernement ne peut pas supprimer le RSTA, conduire une politique d’austérité et penser que les travailleurs vont attendre et se laisser faire. Victorin Lurel a même dit qu’il appartient aux entreprises de payer le RSTA... A-t-il bien mesuré ses propos ? S’il dit vrai, qu’attend-il pour agir ? Le gouvernement ne peut jouer à Ponce Pilate. Il porte une lourde responsabilité dans la dégradation de la situation sociale.

J.B.


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