Edito

Le JIR et l’indifférence du monde politique

J.B. / 4 février 2016

Hier, le Journal de l’île de La Réunion a déposé au Tribunal de Commerce le bilan comptables de ses activités. Comme les débats se font à huis clos, l’opinion réunionnaise doit être déçue de ne pas disposer des éléments du débat. C’est le comble pour un organe d’information. Mais c’est la loi. Nous sommes en démocratie. Habituellement le huis clos est réservé, soit au traitement d’affaires où la protection des mineurs est de rigueur, soit au règlement de cas tellement sordides que cela pourrait nuire à réintégration de la victime dans la vie courante. Nous n’irons pas plus loin sur les principes qui guident nos rapports à la gestion d’entreprises privées.

Le Tribunal a accepté la proposition du JIR d’être placé sous tutelle des magistrats. Dès ce moment, une période de 6 mois lui a été accordé, avec une étape en avril. Durant ces 3 premiers mois, les experts requis vont examiner à la loupe les capacités réelles de continuer. Un plan de redressement sera examiné en vue d’absorber les dettes. Des coupes importantes seront réalisées dans les dépenses. Si les uns et les autres perdront un peu de leur argent, il s’agit de choses matérielles. Mais, ce sont les travailleurs qui paieront le plus lourd tribu. Probablement, un tiers de licenciements. Et, là, on touche à la vie des hommes et femmes. Dans une société de plein emploi, on peut s’adapter rapidement. Avec 180 000 personnes déjà inscrites à Pôle Emploi, ce sera difficile.

Il est dommage de ne pas se rappeler les remarques du PCR quand il dit que tout est bouleversé et qu’il est urgent de s’entendre pour la suite. Dans tous les domaines de la société, les dégâts sont déjà considérables. Qui aurait pu imaginer le JIR (65 ans) disparaître comme Témoignages (71 ans) ? Ceux qui pensent que, de ce fait, il y aura un monopole du Quotidien risquent d’être surpris.

Il y a un mois, le 31 décembre, au Canada, le journal La Presse annonçait la fin de sa parution quotidienne en papier. Il met fin, ainsi, à 131 ans d’histoire (2 fois le JIR). Ses lecteurs pourront trouver une édition papier seulement le samedi. Par contre, ils auront un rendez vous quotidien, en consultant leur tablette à tout instant. Les dirigeants ne sont pas du tout sûrs des nouveaux choix mais, concèdent-ils, le “pari est risqué, mais prometteur”.

Or, contrairement au journal canadien qui expérimente actuellement le numérique gratuit, le JIR a déjà quasiment tout fait. Ce ne sont pas les moyens financiers qui font défaut à son gérant, Cadjee, qui pense qu’un nouveau modèle économique est possible, pour sauver le canard. Cependant, si le JIR était viable, est-ce que l’ancien propriétaire, Hersant, lui aurait quand même vendu le bout de gras ?

Là, encore, on refuse de reconnaitre ce que dénonce le PCR : les méfaits de la réalisation d’un marché unique mondial et un personnel politique qui assiste à la mort de notre économie dans l’indifférence.


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