Edito

Le Kréol : une réalité des îles de la COI

J.B. / 13 janvier 2012

Hier, nous avons évoqué l’introduction du Kréol à l’école chez nos voisins Mauriciens. Le ministre de l’Éducation en avait même donné un caractère historique en soulignant qu’après 20 ans de République, le moment était venu d’unir toutes les Cultures à travers le Kréol. C’est un projet politique ambitieux. Nous avons élargi le débat aux réalités seychelloises où la Constitution prévoit 3 langues officielles. D’ailleurs, le slogan des Jeux des îles proclamait : “Nou zil, nou zwe”. Le rêve est donc permis de faire porter par la COI un des plus beaux projets communs à nos îles et à sa jeunesse : le Kréol.
Cela dépend bien entendu de nos dirigeants politiques. Aux Seychelles et à Maurice, il n’y aura pas d’opposition. C’est à La Réunion que le problème se posera.
En effet, le 8 juin 2011, Didier Robert, président de la Région était invité à donner son point de vue sur l’enseignement du Kréol à l’école. Il est contre. Les arguments sont incohérents, mais fondamentalement, il est opposé. Tout au plus, le fait Kréol est accepté comme folklore. Voici quelques extraits.
"On ne peut pas me dire que tous les Réunionnais parlent créole et me dire qu’ils doivent l’apprendre. Que le créole soit un vecteur, une passerelle, un élément facilitateur pour permettre d’aller vers le Français et d’autres langues, d’accord, mais imaginez deux heures de cours pour apprendre sa langue maternelle…".

« J’ai plutôt cette vision qui consiste à dire : c’est un combat passéiste que celui de vouloir encore aujourd’hui camper sur des positions pour le créole à l’école. D’ailleurs, quel créole ? Est-ce que c’est le créole phonétique, est-ce que c’est… » ?
L’auteur de ces quelques lignes montre qu’il méprise nos réalités. Ce faisant, il agit en colonisé et non en homme libre, fier d’être Réunionnais, ici et ailleurs.
Pour comparaison, voici des propos de Jean François Sam Long qui rejoignent le point de vue des Seychellois et des Mauriciens.
« Il ne s’agit pas d’amener les jeunes Réunionnais à apprendre le créole pour aller communiquer avec la France, l’Europe, les États-Unis, ce n’est pas ça du tout. Il s’agit de les amener à apprendre la langue créole, c’est-à-dire à retrouver leur fierté, à également se construire intérieurement, avoir plus de confiance en eux et qu’ils aillent dans tous les pays du monde en étant fiers de ce qu’ils sont. La fierté passe par la reconnaissance de la langue maternelle. Je crois que c’est extrêmement important.
« Il faut prendre en compte le créole pour régler ce problème d’illettrisme, car avec 120.000 illettrés qui grèvent la population réunionnaise et qui vont poser un problème dans 10 ans quand ces jeunes vont arriver sur le marché de l’emploi, sans formation, sans aucune fierté, sans aucune reconnaissance par rapport à soi, on va aboutir à des désordres sociaux. Ce que nous voulons, c’est éviter justement ce désordre social ».
Or, Didier Robert ne manque jamais de s’inspirer des Mauriciens et Seychellois pour différents projets. Il a déjà reçu le Premier ministre mauricien et il s’apprête à recevoir en mars le président seychellois. Va-t-il dire à James Michel qu’il se trompe en donnant un statut officiel au Kréol ? Ou bien, va-t-il enfin utiliser sa tête pour réfléchir au lieu de s’enfermer dans ses gesticulations médiatiques sans lendemain ?

 J.B. 


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