Edito

Le monde change vite, ne soyons pas en retard

Ary Yée Chong Tchi Kan / 4 juillet 2015

Les chefs d’Etats des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) se rencontreront le 9 juillet à Oufa, capitale de la petite République de Bachkirie, membre de la Fédération de Russie. La ville accueillera également le sommet de l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghaï) et la rencontre de l’Union Economique Eurasiatique (UEEA). Il faudra bien se familiariser avec ces sigles et ne pas compter sur les agences de presse occidentales pour informer sur les enjeux de ces rencontres.

Par exemple, l’OCS a été fondée en 1996, mais c’est depuis 2001 qu’elle s’est donnée d’autres missions. À ce jour, ses membres permanents et observateurs représentent 40 % de la population mondiale ; elle vise à devenir la plus grande organisation d’intégration régionale. Concernant la banque de développement des BRICS, décidée au Brésil l’année dernière, elle est déjà opérationnelle ; elle est dotée d’un capital de 50 milliards de dollars et une réserve de change de 100 milliards d’euros ; installée à Shanghaï, elle est présidée durant les 5 premières années par l’Inde. Les fondateurs souhaitent s’émanciper de la tutelle du FMI et la Banque Mondiale qui sont 2 institutions dominées par les Etats-Unis depuis 60 ans. Enfin, l’UEEA est une zone de libre échange de 178 millions d’habitants qui a été installée officiellement le 1er janvier 2015. Si elle a été fondée par la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan, elle intéresse maintenant une quarantaine de pays ou regroupements régionaux.

Ces constructions qui poussent à grande vitesse inquiètent les puissances occidentales. Leur monde unipolaire est remis en cause ; à la place, on voit poindre le triangle Russie, Chine, Inde et son potentiel de croissance. Les Occidentaux tentent de contrer ce mouvement qui leur échappe, en s’attaquant à la Russie, accusée de tous les maux. Peine perdue, car la semaine prochaine, Poutine va accueillir ses hôtes et présider les séances prévues. La prolongation des sanctions économiques et diplomatiques occidentales à l’encontre de la Russie n’aura servi qu’à exprimer le désespoir de ses auteurs et conforter la méfiance des pays émergents à leur égard.

Voici une autre illustration du tourbillon qui emporte le vieux monde. Quand la Chine a lancé, en octobre dernier (en présence de Obama) l’idée de créer la Banque d’Investissement pour les Infrastructures en Asie (BIIA), 4 mois après, en mars, tout était ficelé ; la semaine dernière, le 29 juin, 57 pays ont signé à Beijing les documents d’entrée au capital de 100 milliards, avec le statut privilégié de membres fondateurs. Parmi eux, la Grande Bretagne, l’Allemagne, la France, l’Italie, c’est à dire 4 pays du G7 qui ont fini par braver les réticences des Etats-Unis. Une telle puissance de frappe est nécessaire pour réaliser “la connectivité” des pays le long de “la route de la soie terrestre” et de “la ceinture maritime”, 2 méga-projets marqueurs de la mandature présidentielle de Xi Jinping, débutée en 2012 seulement.

Dans ce monde en transition rapide, saluons le premier sommet des jeunes leaders Euro-BRICS qui ont préparé un rapport à remettre au Sommet des Chefs d’Etat du 9 juillet. Une centaine de jeunes ont posé les bases de la coexistence pacifique d’un monde multipolaire en construction. Ils entendent œuvrer au rapprochement de l’Europe et des BRICS quand d’autres fomentent toutes sortes de stratagèmes pensant freiner le changement. Cela fait penser à tous ces misérables politiciens qui rêvent au statu quo Réunionnais. Vont-ils enfin se débarrasser des œillères qui les empêchent de voir le monde environnant ? Et avec eux, les médias affidés. Le monde change tellement vite, ne soyons pas en retard.


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