Edito

Le prêt à la Grèce : effet pervers ou fuite en avant ? Quelles leçons pour La Réunion et ses élus ?

J.B. / 4 août 2011

La Grèce n’était plus en mesure de rembourser sa dette. Menacer de « défaut de paiement », elle a eu recours à un emprunt de 160 milliards, dans un premier temps. Malgré un plan d’austérité sans précédent, une nouvelle secousse a emporté tous les espoirs de redressement. Il a fallu un deuxième prêt de 300 milliards car, cette fois, c’est l’euro qui était menacé de disparition, mettant fin à l’expérience de fonder durablement l’Union européenne. On voit bien le problème est d’abord politique.

Or, justement, les décisions prises par les chefs d’État européen consistent à sauver l’immédiat par des injections de capitaux frais. Mais l’avenir est hypothéqué par l’étalement de la dette sur une durée plus longue. Au final, le montant à rembourser sera très élevé, la situation sociale va tendre la demande sociale et l’État, corseté pour longtemps, n’aura pas les moyens de dégager les recettes supplémentaires pour financer les nouveaux besoins.

L’accalmie constatée actuellement ne tient que parce que les États européens ont certifié la garantie de prêt à la Grèce. Mais personne ne peut assurer que la croissance va repartir et que des recettes nouvelles vont renverser la tendance. En cas de nouvelle défaillance, c’est tout le projet politique qui risque de voler en éclat.

Chaque Réunionnais qui emprunte connaît parfaitement ce mécanisme. Quand on emprunte pour rembourser un emprunt précédent, on entre dans un engrenage sans fin. Pariez que dans 20 ans, la situation sera meilleure est un risque majeur. Demandez aux milliers de travailleurs qui arrivent en fin de droit. Les banquiers le savent bien et elles vous font payer des assurances dont le montant final est supérieur aux intérêts sur le capital emprunté.

Et, comme un malheur n’arrive jamais seul, les factures de dépenses courantes augmentent régulièrement. L’Administration tente d’enrayer la mécanique de l’engrenage en « étalant la dette ». « Mensualiser » est devenu à la mode. « Acheter et rembourser sur 25 ans ou 30 ans », anesthésie la douleur. Le pire c’est dans la grande distribution. Ces promoteurs ont inventé la « carte de crédit » pour vous pousser à dépenser plus, à des taux d’intérêt dépassant les 20% ! Et, payable dans le mois !

Alors, pourquoi on a insulté le commerce de proximité et son « carnet crédit » ? Pour tuer le modèle existant, on a fait la promotion de la « vente au comptant » ; il était placardé partout : “crédit lé mort !”, “la maison ne fait pas crédit”, “si on fait crédit, c’est la mort du commerce”, etc. Les banquiers s’enrichissent comment ?

Ce qui se passe en Grèce nous sert de leçon pour réfléchir sur la société actuelle. Les politiques ont eu peur de s’attaquer au système spéculatif gourmand en argent frais. Ils font supporter les conséquences aux générations futures qui n’auront plus que leurs larmes pour s’indigner des erreurs de leurs ainés.

À la session exceptionnelle parlementaire du mois prochain, c’est en responsable du futur que chaque parlementaire réunionnais devra dire NON À LA FUITE EN AVANT QUI NOURRIT LES SPÉCULATEURS, AMIS DE SARKOZY.

J.B.


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