Edito

Le silence est d’or

Geoffroy Géraud-Legros / 26 juin 2012

Grokèr ? Le Réunionnais a cette réputation de garder en lui les vexations, les frustrations et les mécontentements. Jusqu’à ce qu’une étincelle fasse exploser la colère qui déborde des poitrines. Mais, est-il vraiment voulu ce silence qui s’abat sur les aspirations d’un peuple jeune, confronté chaque jour aux barrières des privilèges, aux injustices immuables, à l’arrogance des parvenus et, disait Césaire, des « larbins » qui les entretiennent ?

Oh ! Ils sont nombreux, dans notre pays, ceux dont le rôle est d’empêcher le plus longtemps possible la parole de sourdre. Et, il n’en manque pas, de ces étouffeurs de conscience, perroquets de la radio, tigres en papier journal, perruches de prétoires, « plumes » boursouflées de vulgarité, pour accabler encore le malheureux privé de parole, lorsque sa raison le mène à se révolter. Ceux-là, qui taisent les violences et les humiliations subies sans bruit par toutes celles et, tous ceux — femmes, jeunes, ouvriers, planteurs, chômeurs —, Réunionnais à La Réunion, qui vivent loin du monde des fêtes et des festivals édifiés par les médias. Ceux-là, qui ont renoncé à donner une voix à ceux qui n’en ont pas, mais s’acharnent, éructent, en appellent à l’ordre et à la répression, lorsque c’est le sifflement des galets et le craquement des grenades qui vient rompre le silence.

Plus efficace encore que ces garde-chiourmes : l’argent. Les ristournes, les rabais, les calculs de boutiquiers, les piécettes qui achètent les consciences et les voix, en espérant que la précarité et le désespoir désamorcent la prochaine révolte. Il y a quelques mois, on a acheté de justesse la paix pour les pétroliers, en compensant à coup d’argent public une hausse des carburants qui s’annonçait explosive. Après des nuits d’émeutes, on a réussi à endormir ceux qui auraient pu penser que, pour une fois, les pétroliers devaient régler la facture.

ON leur a fait croire que la collectivité agissait « pour l’intérêt de tous » en payant à la place des grandes compagnies. Mais on n’a pas dit que cet argent, c’était aussi celui des contribuables, que l’on a fait payer deux fois, à la pompe et sur leurs impôts. Silence, on arnaque. Ce dispositif prendra fin dans quelques jours ; La Réunion sera, alors, dans l’exacte situation qui a précédé le mouvement du mois de février. On multiplie les ateliers, les consultations, les enquêtes consacrés aux carburants, pour dire ce que tout le monde sait déjà, et pour dire, encore, qu’il n’y a pas de solution et qu’il faudra continuer à payer en silence. Mais on ne dit rien des privilèges continus et florissants du cartel pétrolier.
Le silence était d’or. Il sera, bientôt, de plomb.

G.G.-L.


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