Edito

Le style Robert

Geoffroy Géraud-Legros / 6 novembre 2010

Il y a la polémique et il y a la politique. Visiblement, le fait que les deux termes commencent par trois lettres identiques produit quelque confusion du côté des gens trop pressés ou mal préparés. C’est probablement ce qui est arrivé hier à Didier Robert, lors de l’assemblée plénière de la Région Réunion. Interpellé sur le chapitre du tourisme — qu’il s’est réservé en plus de ses multiples mandats et fonctions — le président de la Région a été plus particulièrement interrogé par l’Alliance au sujet de la participation réunionnaise au « French » festival d’Adelaïde, Australie.
Une manifestation pour laquelle, rappelons-le, environ 150 personnes vont se déplacer. Il y a matière à interrogation légitime : pour ce qu’on en sait, ce fameux voyage de « promotion » de notre île va assurer la promotion du veau Marengo, du bœuf bourguignon, de la pâte à choux, de fricassées diverses et de la préséance à table. C’est à dire, de l’art de savoir où placer à table les cardinaux et les colonels. Seul élément réunionnais de l’opération : un stand aux armes d’un fabricant de rhum. Problème : un brin gênés aux entournures, les organisateurs avouent qu’ils craignent de ne pouvoir commercialiser, ni faire goûter leur boisson sur place.

Que répond Didier Robert ? Qu’avant lui, ce n’était pas mieux. Que sous la mandature précédente, certaines initiatives n’avaient pas donné satisfaction.
Il n’y a pas à dire : ça, c’est de l’argumentation.
À l’appui de cette prouesse dialectique, M. Robert invoque le programme « plaisir d’hivers » mis en place par l’IRT en 2007. Le responsable de l’IRT d’alors, Pierre Vergès, le dit lui-même : « plaisirs d’hiver » n’avait pas eu le succès escompté.
On pourrait dire que comparaison n’est pas raison, et que « plaisirs d’hiver » était une tentative de réveiller le tourisme, dans un contexte où le marasme complet de l’après-chikungunya rendait extrêmement difficile tout redécollage.
Il faut bien ajouter aussi que cette réponse repose sur un gros mensonge : les 500.000 euros que M. Robert reproche à ses prédécesseurs d’avoir dépensés dans ce programme, ne sortaient pas, contrairement à ce qu’il a publiquement affirmé, des seules caisses régionales : les fonds provenaient aussi du Département et d’autres collectivités. En outre, le programme avait été approuvé par le Premier ministre de l’époque. Passons sur ces mensonges : on commence à être habitués.
Ce qui est surtout saisissant, c’est la tournure d’esprit du président de la Région, qui dit en substance : vous avez connu des échecs inopinés, j’ai donc le droit de planifier les miens et de faire absolument n’importe quoi avec les deniers publics. On a l’impression que l’ancien maire du Tampon se retient très fort d’ajouter « nananananère », dans le style marmay lékol. Et, tout le monde le sait depuis Buffon, le style, c’est l’homme.

G.G.-L


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