Edito

Le temps de la responsabilité

J.B. / 20 août 2014

Ce soir, François Hollande décolle de Paris pour le Sud-Ouest de l’Océan Indien. Dix heures plus tard, il se réveillera à La Réunion et non à l’Elysée. Il sera préoccupé par l’évolution du monde et la préparation de « la rentrée politique ». En quoi ce déplacement dans l’Océan Indien sera-t-il source d’inspiration et d’innovation ?

Tout d’abord, un événement inédit est venu bousculer une actualité mondiale linéaire et dominée par l’arrogante puissance américaine. Obama est obligé de monter au front pour tenter d’enrayer un mouvement de protestation contre l’assassinat d’un jeune par la police. Pour une fois, il n’y pas d’ennemi extérieur, réel ou imaginaire. Cette bavure policière a révélé l’état de décomposition sociale de la société américaine mais, surtout, la cristallisation de la question sociale autour du racisme anti-noir. Finie la diversion médiatique internationale, retour à la politique intérieure, réelle. Les Noirs se sentent trahis par celui qui a su utiliser la couleur de la peau pour se faire élire président. C’est parti pour durer. La démographie, les inégalités sociales et la ségrégation raciale amplifient le mouvement. D’ailleurs, on apprend que dans une génération l’Afrique hébergera un quart de la population mondiale. Huit fois la population des Etats Unis ! On n’a pas fini de parler de l’Afrique, avec des répercussions dans tous les recoins du monde laissés dans l’obscurité par des médias blancs.

Hollande arrive justement dans la partie africaine de l’océan Indien que la France a colonisé. Une expérience positive a été initiée par des partis et organisations progressistes des Iles de l’Océan Indien afin de tenter de redresser les affres de l’esclavage et du colonialisme, en particulier, en faveur de la population d’origine africaine qui a payé un lourd tribut durant 3 siècles. La France aurait pu prendre la tête d’un mouvement de solidarité envers cette initiative commune, elle a préféré une politique de défense des intérêts égoïstes hérités du passé. Les autres puissances se sont engouffrées dans la brèche, si bien qu’aujourd’hui, les échanges entre les îles ne représentent même pas 5% des échanges globaux. Même du temps de la colonisation, on n’avait pas un résultat aussi médiocre.

Pour l’avenir, les populations et les jeunesses de nos pays qui ont subi des siècles de racisme doivent s’unir afin d’élaborer un projet de co-développement durable et solidaire qui pourrait recevoir le soutien des grandes puissances. La France peut prendre la tête d’un tel partenariat global en faisant prospérer l’initiative de Paul Vergès, un parlementaire originaire de la zone, à l’occasion de « Paris 2015 ». Rappelons qu’il préside l’ONERC depuis 12 ans. Ses travaux servent déjà de matrice aux politiques publiques françaises, il serait juste qu’ils soient mis également au service de nos populations voisines. C’est cela l’ère de la responsabilité : aucun groupe ne doit être exclu du progrès !

J.B.


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