Edito

Le temps des mercenaires

Geoffroy Géraud-Legros / 16 février 2011

Le raz le bol des enseignants du lycée professionnel de Vue Belle (Saint-Paul) semble faire tache d’huile : hier, c’était au tour des enseignants de Victor Schoelcher (Saint-Louis) de voter le blocage. Une mobilisation rejointe par les enseignants de Roche Maigre avec, souvent, le soutien des élèves et des parents. Tout se passe comme si le refus des politiques engagées par Nicolas Sarkozy gagnait chaque semaine de nouveaux pans de la société. Les rythmes de progression de ces manifestations citoyennes sont différents ; leurs modes d’expressions sont divers.
Pourtant, des prétoires en grève aux portails des lycées, la même voix court, qui exprime le rejet pur et simple des attaques répétées contre la République menées par le pouvoir UMP.
Une stratégie de destruction dont les calculs utilisent volontiers l’ordre et la hiérarchie du service public lui-même. Ainsi, le gouvernement multiplie les mesures qui incitent les hauts cadres de la République à mettre en œuvre elle-même la destruction de l’Etat social... en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes. Les recteurs peuvent désormais disposer de primes, s’ils se montrent assez diligents et efficaces dans la mise en œuvre des programmes de « coupe » dans les effectifs de l’Education nationale. Des surcroîts de rémunérations alléchants : les « raboteurs » les plus zélés pourront toucher jusqu’à 22.000 euros.

Un dévoiement qu’a dénoncé avec force la députée-maire de Saint-Paul Huguette Bello, venue samedi dernier apporter son soutien aux enseignants en lutte du lycée Vue-Belle. Devant les enseignants rassemblés, elle a qualifié de « mercenaire » le recteur de La Réunion. On ne saurait mieux dire : comment nommer autrement des agents de l’Etat empressés à détruire les services dont ils sont censés assurer le bon fonctionnement, renonçant pour de l’argent à l’engagement qu’ils ont souscrit auprès des citoyens en entrant dans la fonction publique ? L’« intéressement » que prétend introduire le gouvernement est une foutaise : le système de rémunération des serviteurs de l’Etat sert précisément à éviter qu’ils soient économiquement trop « intéressés » aux services publics qui, parce qu’ils sont à tous, ne devraient appartenir à personne. Sous le vocable de la « compétitivité », de « l’intéressement », c’est la corruption qui est sciemment introduite dans la République. Cela n’est que trop clair. Si nous ne nous mobilisons pas, les mercenaires remplaceront bientôt les fonctionnaires.

G.G.-L.


Kanalreunion.com