Edito

Le travail des autres

Geoffroy Géraud-Legros / 6 mai 2011

Il y a un peu moins d’un an, Didier Robert donnait une grande fête sur le site de la route des Tamarins. Par ces réjouissances, le président UMP de la Région, élu depuis quelques mois, entendait célébrer la réalisation d’un ouvrage public qui, en mettant fin à la paralysie routière qui gangrénait l’axe nord-sud, a changé la vie matérielle de la population et a ouvert de nouvelles perspectives économiques pour notre île tout entière. On ne rappellera pas ici le détail des prouesses réalisées par les ouvriers Réunionnais pour ériger les viaducs suspendus sur les ravines engouffrées et faire jaillir de terre de vertigineux pylônes. Souvenons-nous seulement que la réalisation de la route des Tamarins, dont le second anniversaire approche, a montré que la détermination politique, alliée à l’excellence ouvrière, pouvait aboutir à de grandioses réalisations, sur un territoire dont chaque kilomètre pose un défi.
Ce n’est pas ainsi, on s’en souvient, que M. Robert a présenté la chose. Dans un discours assez peu à la hauteur de l’évènement, l’ancien maire du Tampon s’est efforcé de minorer le rôle de son prédécesseur, qui avait impulsé et suivi la construction de l’ouvrage, et avait fini par l’inaugurer.
Un procédé franchement mesquin, s’agissant d’un équipement essentiel destiné à tous les Réunionnais, dont l’évocation aurait dû transcender les clivages partisans. Sans doute, aussi, la première grosse erreur de « com’ » du nouvel occupant de la pyramide inversée : les gens, qui ne sont pas des imbéciles, savent bien que la route des Tamarins, c’est Vergès.
La méchante humeur de M. Robert venait sans doute d’avoir à rendre hommage au travail d’un prédécesseur dont il tente, non sans puérilité, d’effacer les traces. C’est peut-être ce qui le pousse à mettre fin à tout ce qui a été mis en place par ceux qui sont venus avant lui : rocade du Tampon, Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, chemin de fer, géothermie, route du Littoral.

Sans doute rêve-t-il de briller, et d’inscrire à son tour son nom dans l’histoire de notre pays, en l’associant à de grandioses réalisations. Un désir qui n’a pour égal que celui de plaire en haut lieu et de se faire bien voir dans les antichambres du pouvoir à Paris, où il séjourne bien souvent pour un président de région ultramarine ; il y a ainsi passé presque dix jours le mois dernier.
Le hic, c’est qu’à Paris, la mode est au rabotage : la contrainte comptable y est érigée en morale et la restriction en vertu. La meilleure manière de faire sa cour consiste désormais à rapporter de l’argent à l’Élysée, et à lui permettre d’en dépenser le moins possible. Mais il devient vite intenable de cumuler le rôle de prophète des grands travaux pharaoniques et celui de tâcheron de l’austérité... Résultat : ayant permis à l’État de se désengager de tous les grands travaux, M. Robert s’est lui-même mis en situation de n’en inaugurer aucun. Sauf, comme le donne à voir le numéro 2 “spécial bilan” de la revue institutionnelle de la Région (entre deux pages consacrées aux cocktails « bat’ karé »), les ouvrages programmés sous l’ancienne mandature, tel que le lycée de Saint-Anne, inauguré en septembre dernier. C’est-à-dire, encore et toujours, le travail des autres…

G.G.-L.


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