Edito

Leçon des Caraïbes : la voie de la responsabilisation

J.B. / 30 mars 2016

Le Président des États-Unis a ponctué son voyage officiel à Cuba par des rencontres et des discours qui seront désormais des références pour l’avenir. Constamment, ses propos étaient mis en parallèle avec ceux du Président cubain. Le débat était franc et aucun domaine n’a été exclu. De nouveaux rendez-vous ont été fixés. Cette visite historique qui intervient après 88 ans d’absence, aggravée par 54 ans de blocus, a-t-il été à la hauteur du passé et de l’avenir ? Quelle leçon pour nous, Réunionnais ?

Obama avait déjà pris des engagements vis-à-vis de Cuba afin de marquer sa différence et lui assurer les votes nécessaires à son élection. Le premier mandat a été ruiné sans initiative concrète. Maintenant, il est à quelques mois du départ définitif de la fonction présidentielle. Certains rêvent à la prochaine occasion où un changement de présidence va remettre en cause les avancées qu’il a ouvertes. Pour d’autres, il ne lui coûtait pas grand-chose d’agir avec plus de détermination et régler la question du blocus. Pour des observateurs aguerris, il n’a pas été la hauteur, car il laisse l’énorme chantier inachevé au bon vouloir de son inconnu de successeur. Pour ceux-là, il dispose suffisamment de temps pour rendre irréversible la tendance positive actuelle.

Pour autant, les Cubains ont été ravis d’entendre que la souveraineté de Cuba ne se discute pas et que les sujets controversés feront l’objet de débats. Par exemple, un bilan sera effectué sur la condition humaine et démocratique en vigueur dans les 2 pays. Les États-Unis acceptent donc de reconnaître qu’il puisse exister des expériences différentes pour assurer le bien-être des populations sur la planète. C’est une victoire idéologique considérable pour tous les résistants à la pensée dominante. Oui, il y a mieux que l’American Way of Life.

Il est navrant de constater que l’Union européenne ait suivi les fanatiques états-uniens comme un petit toutou, en se lançant également dans l’embargo contre Cuba, en 1996. A la veille de la visite d’Obama, la Commissaire Frederica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, s’est sentie obligée de se rendre à la Havane pour sauver les apparences et prendre le train de l’histoire. Espérons que l’Union européenne a retenu la leçon, car la visite de John Kerry à Moscou la semaine dernière devrait prolonger l’image positive que Obama veut laisser dans l’opinion à la fin de son double mandat.

La leçon pour La Reunion, c’est lorsque Obama reconnait que l’avenir de Cuba se décide à Cuba par les Cubains. C’est une question de respect. L’expression politique des Réunionnais qui ont voté, le 21 octobre 1945, pour mettre fin au statut colonial doit être respectée.

Nos aînés n’ont pas choisi la voie de l’indépendance, ils n’ont pas choisi non plus un pouvoir néocolonial. Apres 70 ans de trahison par tous les gouvernements, de droite et de gauche, plus que jamais l’esprit du CRADS doit être valorisé : en 1945, les Réunionnais, à La Reunion, ont choisi leur avenir. La loi de 1946 avait concrétisé ces vœux. « L’égalité réelle » préconisée par Hollande prend-elle la voie de la responsabilisation ?


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