Edito

Leçons de nos cousins Mauriciens

J.B. / 17 juin 2015

Les résultats des élections municipales à Maurice ont donné 120 élus à l’Alliance gouvernementale et aucun siège à l’opposition. Cela ne s’est jamais vu.

C’est d’abord l’expression d’une crise politique profonde. Près de 65 % de l’électorat n’est pas venu voter. Cela mesure la faible représentativité des vainqueurs. Surtout qu’ils venaient de remporter une large victoire aux récentes législatives. De ce côté, le message du peuple est clair : nous sommes déjà fatigués par les promesses non tenues. Du côté de l’opposition, le Parti Travailliste n’a pas participé aux élections. Le MMM n’a pas profité du vide pour ramasser la mise.

Ensuite, la situation est inédite, car les deux grands partis historiques n’ont aucun représentant dans les 5 municipalités en concours. Le Parti travailliste ne s’est pas relevé de la défaite législative et souffre des déboires judiciaires de son leader, Ramgoolam. Le sauvetage du siège de Député du leader du MMM, Berenger, n’a pas été suffisant pour apaiser les tensions en interne et cela a provoqué une série de départs pour créer de nouvelles organisations. La division a été fatale à tous.

Dès lors, le procès en responsabilité qui a déjà commencé ne changera rien au fond.

En effet, nous sommes au cœur d’une crise multiforme aux racines profondes. Mais les bulles qui remontent en surface balayent les repères traditionnels. Les Mauriciens souffrent de plus en plus de la situation économique et sociale. Pour faire simple, là où auparavant un emploi nourrissait toute une famille nombreuse, il faut maintenant que les 2 membres travaillent et fassent des tâches supplémentaires pour subvenir à la famille réduite. La société de consommation a l’occidentale a produit les pires frustrations sur une jeunesse de plus en plus informée, qui interroge un avenir totalement artificiel qui la dépasse. L’avenir sombre consécutif à la baisse du prix de la canne à sucre qui se vit concrètement par des milliers de familles mauriciennes est en balance avec l’annonce que leur pays est le premier investisseur en… Inde, mille fois plus peuplé, avec 7,5 % de croissance ! Ce sont là 2 réalités d’une même crise multiforme qui secoue le pays. Entre ces 2 extrêmes, il n’y a pas pour le moment de projet collectif alternatif.

Le projet de 2e République qui avait servi de base à l’alliance des 2 partis qui se sont historiquement affrontés, le Parti Travailliste et du MMM, n’a pas été comprise par l’électorat et a été rejetée. Faut-il s’en débarrasser ? C’est peut être le moment de l’expliciter et l’approfondir davantage pour un nouveau départ au service du peuple qui souffre et qui se méfie des profiteurs en tout genre.

Ces leçons doivent nous servir également. D’où l’importance qu’il faut accorder au projet de l’Egalité réelle qu’il faut préciser, en particulier, dans sa séquence coopération régionale. Personne ne pourra mettre fin aux contradictions qui minent notre société, sans un engagement politique fort. Nous devons nous entendre, entre nous, Réunionnais, d’une part, et entre voisins, Mauriciens, Malgaches, etc, d’autre part, car c’est l’histoire et la géographie qui le commandent. C’est urgent. A Maurice, à La Réunion comme à Madagascar, nos peuples réclament une autre politique qui suppose plus de respect, de justice et d’égalité.


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