Edito

Les Brésiliens se méfient des vendeurs d’illusion

J.B. / 7 juin 2014

Quasiment à la veille de la Coupe du Monde de football qui se tiendra au Brésil, on ne compte plus les manifestations publiques et grèves en tous genres. Hier encore à Sao Paulo, la police a affronté les grévistes à coup de grenades lacrymogènes. La présidente du Brésil a dit comprendre les mécontents et accepter les manifestations publiques à la seule condition que cela ne perturbe pas la Coupe du monde, car pour elle, c’est le Brésil qui en sortira grandi. Mais les mises en garde se succèdent, et la réalité n’est pas le tableau idyllique d’un pays prêt à tout oublier pour accueillir l’événement sportif le plus médiatique de l’année.

« L’Église veut contribuer au débat public et dire son inquiétude face à l’inversion des priorités dans l’utilisation des fonds publics, qui devraient aller à la santé, à l’éducation, à la voirie, aux transports et à la sécurité » : au Brésil, l’Eglise dénonce le gaspillage de l’argent public pour préparer la Coupe du monde. Elle appelle à se méfier des vendeurs d’illusions dans une société d’inégalités et d’injustices sociales graves.
Un autre problème est soulevé par les évêques. C’est celui de l’exploitation sexuelle des enfants. La Coupe du monde aura lieu pendant les vacances scolaires, et la précédente en Afrique du Sud avait vu les statistiques des violences sexuelles bondir de 66% rappelle l’ONG Childhood. Dans quelques jours, 800.000 touristes s’apprêtent à déferler dans un pays où 250 000 enfants subissent chaque année l’exploitation sexuelle.

Le Brésil est un « BRIICS », ou si voulez : un pays émergent. Dans les faits, c’est tout un peuple et de vastes territoires entièrement livrés aux grands jeux du capitalisme sans cœur et sans limite. Pourvu qu’il y ait de l’argent à gagner, le reste n’a aucune importance. Le reste, ce sont des masses d’hommes et de femmes au service du profit, souvent considérées comme de simples marchandises accordées au plus offrant quand ce n’est pas tout bonnement des consommateurs spoliés. Le reste c’est l’Environnement naturel saccagé. Ce sont des peuples et avec leur Culture séculaires qui sont décimés. Ce modèle économique a occasionné une crise de confiance dans des élus issus, d’ailleurs, du monde social : hier, ancien syndicaliste, Lula, et aujourd’hui, une femme, sa dauphine, Dilma Roussef.
Des mouvements sociaux aussi importants à la veille d’une Coupe du monde, c’est du jamais vu. Quel sera leur impact sur l’événement ?

J.B.


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