Edito

« Les caisses sont vides »

Geoffroy Géraud-Legros / 6 juillet 2012

« Je suis contre la rigueur », déclarait avant-hier Jean-Marc Ayrault, qui préfère parler de « responsabilité » dans la gestion des finances publiques. La « responsabilité » désigne une série de coupes budgétaires destinées à économiser environ 7 milliards avant la fin de l’année, sans avoir l’air de renier les promesses de justice sociale. Un équilibre annoncé entre serrage de vis et équité, que le gouvernement promet de trouver en « prenant aux riches » — ceux-là mêmes que M. Hollande dit « ne pas aimer ».

Prendre aux riches, donc. Mais qui sont, à La Réunion, ces fameux riches ? Va-t-on une fois de plus désigner les artisans, les commerçants, les acteurs de l’économie réunionnaise ? Va-t-on repeindre couleur « gro zozo » les entrepreneurs qui tentent de créer de l’emploi, de structurer le marché et l’économie réunionnaise ? Et va-t-on encore laisser en paix les grands monopoles coloniaux et leurs profits ? Ou seront-ils, enfin, désignés pour ce qu’ils sont, les vrais détenteurs de la richesse à La Réunion ?

On a glosé la rémunération, certes excessive, de l’ancien patron d’Air Austral. Mais on a tu l’essentiel : l’emploi de 1.000 travailleurs réunionnais par la compagnie régionale. Des travailleurs mis en danger par la stratégie, appuyée par le politique, de reprise en main du marché par l’ancien monopole aérien. Personne, en revanche, ne parle de ce que ramasse et a ramassé, disons — au hasard — Air France. Et on parle encore moins de la part de personnel réunionnais qui y est employé. Silence. Mais on reparle des travailleurs, pour dire les risques que ferait peser sur leurs emplois dans les stations-essence toute baisse des carburants. Chantage, mais silence, toujours, sur les profits réels du monopole pétrolier. Comme, d’ailleurs, sur ceux du monopole de la grande distribution.

Bref, les « riches », ici, ce sont ceux qui ne paient pas et dont on ne parle jamais.

Pourtant, le changement, c’est, paraît-il, maintenant. M. Ayrault, qui veut faire payer le capital, dispose a priori de relais chez nous, avec 5 députés PS, plus un Modem-PRG (!) et une sans étiquette, qui lui ont tous deux voté la confiance. Iront-ils chercher dans la poche des monopoles ? Pas certain, à en croire leur passif. Ainsi, M. Vlody, conseiller général avant d’être élu député, n’a rien dit ni fait contre la grande distribution, pourtant ciblée par les émeutes de la vie chère en février dernier. Au contraire : il lui a fait, avec les élus PS et Modem du Département, le cadeau de « produits » tellement « solidaires » qu’ils sont financés par les fonds publics. Mais il s’est refusé, en revanche, à transférer directement 200 euros aux plus pauvres, comme le proposait le groupe communiste. Peu probable, donc, de le voir se transformer en Robin des Bois…

Disons-le, tout cela s’annonce mal. On le sait, La Réunion risque de perdre 650 millions d’euros de crédits européens. De plus, les 3 milliards d’euros des grands travaux interrompus sont toujours gelés. Ni la sans-étiquette, ni le drôle de Modem ne s’y intéressent. Les socialistes, eux, nous disent carrément que « les caisses sont vides », et qu’il faudra bien faire avec. Voilà qui ressemble furieusement à du Ponce Pilate, en attendant les promesses des prochains scrutins. Les riches, eux, peuvent être tranquilles.

G.G.-L.


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