Edito

Les confettis du marché mondial

J.B. / 30 novembre 2011

L’Europe est empêtrée dans son projet d’Union à la recherche d’une cohésion qui lui fait défaut actuellement. Ses dirigeants ont torpillé le projet politique initial en donnant la priorité au « marché » sensé surmonter les frontières nationales et maintenir la paix.

Ainsi naquit le « marché unique européen » : la nouvelle frontière dans laquelle pouvaient s’amuser les porteurs de capitaux qui piaffaient d’impatience de s’extraire du corset national. L’argument principal reposait sur la nécessité d’être fort à plusieurs pour affronter les autres compétiteurs de l’autre marché unique : le « marché mondial ».

Le « marché » avait acquis une notoriété et une puissance telles qu’elles pouvaient transformer les dirigeants politiques, élus par tout un peuple, en VRP d’intérêts particuliers. Aujourd’hui, ces zélés présidents-porteurs de valises tremblent devant le « marché » et ses agents. Sarkozy est un cas typique. Ni la grandeur du pays, ni la couleur politique du gouvernement ne résistent à la puissance du « marché ». Le pouvoir a changé de main et le projet politique a totalement changé d’orientation.

Mais, face aux mécontentements sociaux, provoqués par les conséquences de ces nouvelles orientations, le discours commun des responsables politiques est d’envoyer la faute de la crise sur le « marché » qui n’est jamais assez « satisfait », malgré l’âpreté des plans d’austérité, et sur les Chinois qui sont accusés de manipuler le « marché ».

Dans ce contexte, une information a été minimisée : c’est l’annonce récente de l’entrée de la Russie dans l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce dirigée par le socialiste français Pascal Lamy). Elle sera effective le premier janvier 2012, dans un mois. Les dirigeants politiques occidentaux ont bloqué la Russie pendant 17 ans (1995-2012). Ils avaient tout le temps d’asseoir leur projet politique mais ils se sont fourvoyés. L’arrivée de ce géant va déstabiliser encore plus « le marché ». Les dirigeants européens n’ont pas fini de souffrir avec le « marché » élargi à son nouveau compétiteur… et qui n’a pas la mémoire courte.

En 1989, l’Europe triomphait à Berlin et imposait son modèle au reste du monde. Elle s’empressa de mettre l’ancien bloc soviétique en pièces détachées et de créer l’OMC qui avait pour tâche de préserver les intérêts des vainqueurs et bloquer l’entrée de la Chine et de la Russie. Les Chinois ont ouvert une brèche dans la forteresse en 2001, soit 6 ans après la création de l’OMC en 1995. La Russie a dû attendre 10 ans de plus. C’est fait, maintenant !

Que restera-t-il de l’ambitieux projet d’Union européenne quand, à cause de ses dirigeants actuels, le « marché » aura eu raison de ses États membres, transformés en confettis du « marché unique mondial » ? Il n’y a pas qu’à La Réunion où des élu(e)s bavardent et gesticulent en entretenant l’illusion médiatique qu’ils font quelque chose.

J.B.


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