Edito

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs

Geoffroy Géraud-Legros / 23 mai 2011

1958 : arc-boutés sur des positions idéologiques, la majorité des “élus” — la fraude justifie les guillemets — décidaient la suppression du train à La Réunion. Par cet acte, ils engageaient les usagers réunionnais et les finances du pays dans le cycle infernal du tout-automobile, dont la difficulté de trouver un chemin sur l’axe Possession-Saint-Denis constitue la difficulté majeure.
Résultat : La Réunion en est aujourd’hui à sa troisième route littorale. Et force est de constater que les lignes dogmatiques n’ont pas bougé d’un iota du côté d’une droite attardée dans la guerre froide, dont les représentants, pourtant présentés comme « jeunes », « modernistes » auto-proclamés, n’ont pas hésité à tuer, à sacrifier encore une fois le chemin de fer à l’aube de sa renaissance.
Cédant aux sirènes de la communication, les héritiers de la droite coloniale de 1958 ont bricolé un nouveau projet de route littorale qui, puisqu’il est censé se substituer à la formule précédente (nouvelle route à 4 voies plus voie ferrée), devait forcément être imposant. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’ont pas lésiné sur le pharaonique et le gigantesque. Aux dernières nouvelles, le projet de Didier Robert compterait 6 voies, avec une ligne de chemin de fer dessus (tiens donc), le tout tenu à bout de bras par de vertigineux pylônes d’une vingtaine de mètres de haut plantés en pleine mer.

Objet obsessionnel de la propagande régionale, cette route imaginaire est supposée voir le jour d’ici peu, malgré la pléthore d’études, de difficultés et d’inconnues qui restent à prendre en compte pour se faire une idée ne serait-ce que de la faisabilité de la chose. Bref, tout cela ressemble fort, comme disent les jeunes, à du grand n’importe quoi. D’autant que la renégociation des Accords signés en 2007 pour le combiné train-route, dits « de Matignon », a abandonné la clause de révision susceptible de faire assumer par l’État des surcoûts qui s’annoncent déjà faramineux.

Notre Toutankhamon péi ne couvant probablement pas, dans sa pyramide, de trésor aussi mystérieux et bien garni que celui de son illustre modèle égyptien, il est à prévoir que cette route ne se fera tout simplement pas. Néanmoins, l’UMP tient à faire illusion jusqu’au bout. Et c’est Marie-Luce Penchard, venue en émissaire cool du parti présidentiel passer quelques jours de villégiature chez nous, qui s’est fendue d’expliquer que tout irait bien, que l’État suivrait, et que l’important était de commencer les travaux.
Une promesse de mettre la main à la poche ô combien crédible, venant d’une ministre dont le gouvernement chasse chaque centime d’euro, rabote dans tous les sens et dans tous les coins, et vient de couper sec dans le photovoltaïque outre-mer.
Mais parler ne coûte rien. D’autant que les travaux doivent, en théorie, démarrer en 2013. Date à laquelle, selon toute probabilité, l’UMP ne sera plus aux affaires… laissant, comme en 1958, les générations futures assumer les décisions irresponsables. Une fois encore, les conseilleurs ne seront pas les payeurs...

G.G.-L.


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